samedi 16 octobre 2021

"Ce petit halo de conscience tiède" (Julien Gracq)

J'ai retrouvé des dizaines de vieilles cassettes audio oubliées dans un coin de mon bureau. Il y a du pain sur la planche.

Le 18 novembre 1984 par exemple, vers 12h20, je diffusais sur les ondes cette magnifique chanson de Diane Dufresne. Quand on en écoute attentivement les paroles, qui remontent à 1978, on se dit que peu de choses ont changé depuis cette époque malgré les apparences.


 
J'ai douze ans (Germain Gauthier, Luc Plamondon), 
créée par Diane Dufresne.

mercredi 13 octobre 2021

Work(s) in progress

Pour rappel : Les Radios locales: histoires, territoires et réseaux (L'Harmattan/Ina, 2021) est sorti.

L'ouvrage que nous avons codirigé avec Sebastien Poulain débute sa carrière à l'approche du quarantième anniversaire de la loi n° 81-994 du 9 novembre 1981, qui ouvrit officiellement les "vannes" d'une modulation de fréquence jusqu'alors bien corsetée en France. L'ami Sebastien en parle dans cette petite vidéo.



Je travaille actuellement de front sur trois (voire quatre) projets d'ouvrage que je souhaiterais boucler d'ici un an au plus tard. C'est sans doute un peu trop, mais l'essentiel est déjà prêt dans ma tête et parfois sur le papier. L'un d'eux est particulièrement périlleux. Mais plus je vieillis, plus j'apprécie les gageures. Rien de pire que le rabâchage!

À suivre donc..

mercredi 29 septembre 2021

Fête de la science

À l'occasion de la prochaine Fête de la science, la section "Sciences, Histoire des sciences et des techniques et Archéologie industrielle" du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) propose un cycle de courtes conférences en visio ce samedi 2 octobre (10h-12h15, puis 14h-17h).

Le programme se trouve à cette adresse: https://www.fetedelascience.fr/venez-faire-de-l-histoire-des-sciences-et-des-techniques (les conditions d'accès sont indiquées au bas de la page).

J'y causerai en particulier de la "bande FM" et d'un ready-made de Marcel Duchamp.

Autres interventions: Évelyne Barbin sur Émilie du Châtelet; Robert Belot sur la Fête de l'Atome à la Libération; Marc Durand sur le cinématographe Lumière; et Pierre Mounier-Kuhn sur les "tribulations de l'informatique" et Alan Turing.

vendredi 24 septembre 2021

Paul Quilès radiopirate

Le 2 octobre 2002, il y a donc près de dix-neuf ans, je rencontrais Paul Quilès à l'Assemblée nationale pour évoquer l'"affaire" Radio Riposte, dont il avait été le principal instigateur avec le sénateur Bernard Parmantier.

En 2019, l'ancien ministre m'autorisait à reproduire le contenu de cette émission historique dans mon ouvrage François Mitterrand pirate des ondes.



Élections municipales de 1983.


La voix de Paul Quilès lançait l'émission de juin 1979 comme suit: "Bonsoir. Ici Radio Riposte, la radio des socialistes de Paris. Vous allez entendre une émission de radio libre présentée, préparée par les socialistes de Paris. Si en cours d'émission, comme nous le craignons, nous sommes brouillés, vous pourrez nous retrouver en tournant le bouton de votre poste légèrement à droite ou légèrement à gauche. J'ai à côté de moi, ce soir, François Mitterrand, qui a tenu à être présent pour cette première émission de radio libre des socialistes de Paris. François Mitterrand, une émission de radio libre à Paris: pourquoi?"

La suite en cliquant sur ce lien: http://www.editions-glyphe.com/livre/francois-mitterrand-pirate-des-ondes-laffaire-radio-riposte/

jeudi 23 septembre 2021

Vies écourtées

C'était quelques mois avant ma troisième vie. Le 9 mai 1995, il y a donc plus de 26 ans, je jetais ces quelques lignes sur une feuille de papier que je viens de retrouver par hasard:

"Deux de nos patients viennent de mourir, presque coup sur coup, au troisième étage de l'hôpital. Ils s'appelaient Hervé B. et Didier P.. Ils étaient parmi nos plus anciens patients, homosexuels tous les deux, victimes expiatoires d'une maladie sans pitié: le sida. Hervé B. était un peu plus jeune que moi. Cet ancien travesti, vendeur dans un grand magasin, hantait les couloirs de l'hôpital depuis plus d'un an. Sympathique, affable, balançant entre humour et résignation, il a été vaincu par un cytomégalovirus invasif qui l'avait rendu tétraplégique il y a quelques semaines. Didier P., plus âgé d'une vingtaine d'années, a succombé à un sarcome de Kaposi qui lui dévorait le visage depuis plusieurs mois. Il y a deux semaines environ, sa sœur, que je ne connaissais pas, une femme blonde très digne mais au bord des larmes, était venu prendre ses médicaments. Nous avions échangé sur l'hypothétique vaccin, sur le remède miracle qu'on évoque toujours en pareilles circonstances. Le 8 mai, les deux hommes nous ont quittés prématurément, la conscience embuée par une cocktail de morphiniques."

Puis j'égrenais la litanie des amis et connaissances disparus: Olivier M. (mort à 29 ans), Bertrand G. (mort à 42 ans), Bruno C. (mort à 37 ans), Michel M. (mort à 35 ans), Pierre J., qui aurait dû encadrer ma thèse (mort à 46 ans), Alain M. (mort à 50 ans). Et tant d'autres.

Et dire qu'il y en a qui se plaignent... 

Je préfère déchirer ce vieux papier, mais je ne vous oublie pas. Je sais qui se cache derrière vos initiales.

mercredi 15 septembre 2021

Digest indigeste

On m'a signalé l'émission "Affaires sensibles" de France Inter, consacrée ce jour à Carbone 14. Je viens d'écouter la chose en replay.

Finalement, ce n'est pas compliqué le métier de journaliste: il suffit de recopier des passages d'un livre vieux de près de dix ans, en se contentant d'en modifier un mot ou deux, puis de déstructurer l'ensemble à la seule fin (sans doute) que les auditeurs n'en retiennent (au mieux) que le superflu. 

Je ne peux pas m'empêcher de retranscrire le début de l'émission:

"Le 11 septembre 1981 paraît, dans la rubrique Chéri(e) du journal Libération une petite annonce ainsi formulée: Radio dite libre cherche animateurs ou animatrices pour s'en payer une tranche horaire, prix en fonction de la pub ou pas. D'ici-là, délire à gogo et à l'œil. Si tu as des idées originales et pas mal de temps libre, appelle Gérard. Message suivi d'un numéro de téléphone bien sûr.

[...] La date à laquelle Fenu publie l'annonce, le 11 septembre, n'est pas due au hasard. Deux jours plus tôt en effet, Georges Fillioud, nouveau ministre de la Communication, a présenté en Conseil des ministres son projet de loi mettant fin au monopole d'État de la radiodiffusion. Une réforme très attendue par les animateurs de radios libres et une partie de l'opinion publique [...]."

On comparera avec le début de la page 14 dudit livre...




Tout le reste est du même acabit. Droits d'auteur, connais pas à France Inter!

Je rappelle par ailleurs que le sous-titre du livre est Légende et histoire d'une radio pas comme les autres. C'est assez clair, non?



L'instrumental de L'Éléphant de The Tom Tom Club, générique de "Poubelle Night".


dimanche 12 septembre 2021

11 septembre 2001

Je suis loin d'être le seul dans ce cas, mais je me souviens parfaitement de l'instant où les images du 11 septembre 2001 ont fait irruption dans mon quotidien. J'en ai même gardé une trace audio.

Je m'étais rendu ce jour-là, vers 17h, au siège de la société de Thomas Sertillanges, avenue du Colonel-Bonnet dans le XVIe arrondissement. Cet homme charmant venait d'évoquer la première époque de Génération 2000, qui s'était achevée en 1978 par la saisie de cette radio pionnière et un injuste procès, lorsque, soudain, son secrétaire fit irruption dans son bureau, l'air préoccupé:

"Je suis désolé de vous interrompre, mais il y a une nouvelle absolument dingue qui vient de se produire. Apparemment, il y a deux avions qui se sont scratchés sur le World Center à New York."



Je coupai le magnétophone qui enregistrait jusqu'alors notre paisible entretien et nous passâmes dans la pièce contiguë où un poste de télévision diffusait en boucle les images des tours en feu, puis, en différé, l'encastrement d'un Boeing dans l'une d'elles. Je me souviens de notre sidération, mais surtout de notre incompréhension. Moi surtout, qui n'avait pas de télévision à cette époque (je n'en ai toujours pas) et qui était par bonheur désaccoutumé de cette "visagéité vide" du petit l'écran (pour reprendre la formulation de Guattari).

Je dois le reconnaître, je n'ai rien compris à ce qui se passait et, par la suite, les théories les plus fumeuses m'imbibèrent comme une éponge ratatinée, sans jamais m'imprégner définitivement fort heureusement. C'est dans ces moments-là qu'on se sent réellement stupide.

Quelques minutes plus tard, nous reprîmes notre conversation comme si de rien n'était, puis Thomas Sertillanges me dédicaça son bel ouvrage, La Vie quotidienne à Moulinsart. Je le garde précieusement, comme un talisman contre l'absurdité du Monde et l'ignominie diabolique de ses metteurs en scène. 

samedi 4 septembre 2021

Dérive urbaine

Ainsi donc, l'"immeuble Tati", situé à l'angle des boulevards Barbès et Rochechouart, va être réhabilité: bureaux, hôtel, logements, commerces, etc. Bref, le biotope habituel de l'homme moderne.



Photo Wikipedia : J. Menjoulet.


J'ai beaucoup fréquenté ce lieu durant l'automne-hiver 1985. Non pas le magasin proprement dit, où la clientèle trouvait des marchandises à vil prix, mais un studio provisoire de Radio Ici & Maintenant qui occupait une infime partie d'un immense appartement aux trois quarts vide, situé (je crois me souvenir) au quatrième étage. C'est Fabien Ouaki, un des fils du fondateur de Tati et formidable animateur de surcroît, qui avait fourni ce curieux emplacement.

On entrait par le 2 boulevard Rochechouart (il y avait un digicode), on montait, quelqu'un venait ouvrir (souvent l'animateur lui-même), on traversait des pièces désertes. La table de mixage et le "studio" étaient installés à l'angle des boulevards Barbès et Rochechouart.

Je me souviens de nuits passées à produire des émissions dans ce lieu étrange. Souvent, à l'occasion d'une plage musicale ou d'une intervention d'auditeur, je m'amusais à faire pivoter mon fauteuil et plongeais mon regard sur ce mythique carrefour Barbès: le métro aérien, qui finissait par cesser ses va-et-vient vers une heure du matin, les anciens magasins Lévitan et, à l'arrière-plan, le Louxor qui faisait office à l'époque de boîte de nuit... Atmosphère hautement poétique que je n'oublierai jamais.

J'y rencontrais pour la première fois Catherine Pelletier, alias Supernana (1954-2007), alors en bisbille avec la direction de la radio et qui cherchait à remonter Carbone 14.

C'est amusant, le souvenir... Ce "présent du passé" qu'évoquait déjà, il y a quelque dix-sept siècles, saint Augustin.

mercredi 1 septembre 2021

Les radios locales

C'est tout nouveau, tout chaud. Ça vient de sortir. Nous aurons l'occasion d'en reparler dans le courant de l'automne.

Thierry Lefebvre, Sebastien Poulain (dir.), Les Radios locales: histoires, territoires et réseaux, Paris, L'Harmattan/Ina (coll. "Les médias en actes"), 2021.




En illustration de couverture: Gérard Lemaire (1947-2017), grand pionnier des radios locales, photographié par mes soins en 1983. Salut Gérard, où que tu sois!

Renseignements: ICI et .

jeudi 19 août 2021

Objection, votre honneur !

Je suis en train de lire le journal de captivité d'Édouard Daladier. L'homme d'État y évoque, entre autres, les différences de culture entre les Britanniques et les Français à la veille de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier la question de la conscription.

Quel terme désuet que ce mot de conscription! Depuis la fin des années 1990, on ne l'entend plus guère, et j'imagine que beaucoup de jeunes gens n'en ont qu'une très vague notion.

Personnellement, elle m'a beaucoup tracassé, la conscription... Tout simplement parce que je ne m'y voyais pas, mais alors pas du tout! Comme je ne me voyais pas passer mon permis de conduire, porter une cravate, demander une promotion ou même bronzer des heures durant sur une plage.

N'ayant pas été réformé (alors qu'un tiers de mes semblables l'étaient bon an mal an, mais le piston faisait peut-être la différence), il ne me restait plus qu'une solution en deux étapes: 1) me porter "non volontaire pour le peloton de préparation à une école d'officiers de réserve" auquel mon QI, évalué en deux coups de cuiller à pot, me destinait; 2) demander le statut d'objecteur de conscience.

Je me revois montant les marches d'un petit immeuble vétuste du 12e arrondissement où se trouvait le MOC (Mouvement des objecteurs de conscience), puis en ressortir quelques minutes plus tard, tout content, avec Le Guide pratique de l'objecteur.



J'ai précieusement gardé ce petit livre d'une centaine de pages, même s'il ne me sert plus à grand-chose. Tout y était indiqué. Je cite: "Tu dois envoyer ta lettre à l'adresse suivante: Monsieur le ministre de la Défense, Direction centrale du Service National, 8 rue Hippolyte-Bottier, 60209 Compiègne cedex." Un modèle-type de courrier était même proposé: "Monsieur le Ministre de la Défense, pour des motifs de conscience, je me déclare opposé à l'usage personnel des armes. Je demande donc à être admis au bénéfice des dispositions de la loi relative à l'objection de conscience. Recevez mes salutations." C'est cette formulation que je dus adopter, car je peux être un peu flemmard.

À la suite de quoi, le ministère de la Défense dut transmettre (j'allais dire "vomir") mon dossier militaire au ministère des Affaires sociales (bureau P7, je me souviens). Ne restait plus qu'à dénicher l'association loi 1901 susceptible de m'accueillir dans le cadre de mon service civil. Comme dans un conte de fées, ce fut la Cinémathèque française et cela dura près de seize mois.

Ainsi donc, dans les années 80, j'avais été classé "P7" (ne pas confondre avec les "P4", les "zinzins"). Puis, à la fin des années 90, je fus embauché par "P7", c'est-à-dire l'Université Paris 7 Diderot (à ne pas confondre avec la désormais "Université de Paris")...

Comme l'a écrit Édouard Estaunié dans L'Empreinte (1896): "Remarquez que la plupart des actes importants d'une existence d'homme sont provoqués par un fait insignifiant. Les contingences sont les facteurs habituels de nos volontés les plus graves." Mais, se voulant rassurant, Estaunié ajoutait: "Cela ne veut pas dire que les contingences en soient, à proprement parler, l'origine." Néanmoins, parfois j'en doute.

jeudi 12 août 2021

Trois mégahertz et puis s'en vont...

Paru en 1965, Le Miroir aux espions est un très curieux roman de John Le Carré (qui nous a quittés l'an passé). Sa morale pourrait être la suivante: passé la quarantaine, l'homme ne sait plus qu'ânonner ce qu'il a cru savoir faire jusqu'alors.

L'ambiance est glaçante, à l'image de ce passage halluciné du chapitre VIII: 

"La rangée de villas qui borne Western Avenue est comme une rangée de tombeaux roses se détachant sur un fond gris; l'image architecturale de la cinquantaine. Leur uniformité et la discipline des gens qui vieillissent, qui meurent sans violence et qui vivent sans réussir. Ce sont des maisons qui l'ont emporté sur leurs occupants, dont elles changent à leur gré sans changer elles-mêmes. Les camions de déménagement glissent respectueusement parmi elles, comme des corbillards, enlevant discrètement les morts et amenant les vivants. De temps en temps, un locataire lève la main, prodiguant les pots de peinture sur les charpentes, ou ses efforts dans le jardin, mais tout cela ne modifie pas plus la maison que des fleurs ne changent une salle d'hôpital, et le gazon pousse à sa guise, comme l'herbe sur une tombe."

Obsolescents, les espions -devenus fonctionnaires- se fourvoient et fantasment des missions qui n'ont plus lieu d'être, tout en "se la jouant" comme à la Seconde Guerre mondiale (alors même que l'action se déroule au milieu des années 1960, quelques mois après la crise des missiles de Cuba). Ce "gap" est en quelque sorte matérialisé par l'appareil de radiotélégraphie confié à l'agent vieillissant infiltré en RDA: un antique "Mark II modèle 3" (ou "B2") à lampes électroniques de 1942, alors même que le transistor (et son corollaire, la miniaturisation) a été mis au point dans les années 1950. L'engin pèse quelque chose comme 13 kilogrammes et son fil d'antenne ne mesure pas moins de 18 mètres (ce qui donne lieu à une scène hallucinante dans une chambre d'hôtel borgne est-allemand)! 

Et évidemment, en vingt ans, la radiogoniométrie a beaucoup progressé, comme le démontre pathétiquement le dernier chapitre.



Le B2 selon araccma.com.

jeudi 5 août 2021

Noir et blanc

Au premier plan, mon père. Orphelin, sorti de l'école républicaine à 14 ans, il devint ouvrier spécialisé à la Société industrielle de mécanique et carrosserie automobile, 163-185 avenue Georges-Clemenceau à Nanterre. 



Plus je vieillis, plus ce type de parcours m'impressionne.

*

Lu dans Graham Greene (Le Ministère de la peur): "La jeunesse vit sous le signe de l'immortalité. On va au ciel comme on va à la plage."

L'anti-héros de ce roman, Arthur Rowe, est vraiment étonnant... Une sorte de Meursault qui aurait été mis en scène par Alfred Hitchcock. J'ai adoré ce livre.

samedi 24 juillet 2021

Painlevé/Mérimée

Nouveau film de Jean Painlevé sur HENRI, la plateforme VOD de la Cinémathèque française: Le Bernard-l'ermite (1929). J'y établis un rapport entre Prosper Mérimée et le cinéaste, tout en rappelant cette amusante formule de Miguel Zamacoïs: "Rien de plus cocasse que l'obsession qu'a la malheureuse bête [...] du sort de son derrière et de la préservation d'icelui."

Le court-métrage est à voir et revoir ici https://www.cinematheque.fr/henri/film/50522-le-bernard-l-ermite-jean-painleve-1929/




vendredi 23 juillet 2021

Le Vannes de Lafesse

La mort de Jean-Yves Lafesse m'attriste au plus haut point. Je le savais atteint de cette terrible maladie de Charcot qu'on lui avait diagnostiquée en juillet 2020, mais nul ne pensait à une fin si rapide.

Notre dernier échange téléphonique remontait au vendredi 4 juin 2021. Une longue conversation dans le style erratique qui était le sien: lui en fauteuil roulant, parcourant les rues de Vannes, de la boutique d'un de ses amis disquaire à la terrasse ensoleillée d'un café où il avait ses habitudes... un Schweppes... des Camel...

Nous avions ensemble un projet, mais la mort en a décidé autrement. Qu'à cela ne tienne! je le conduirai jusqu'à son terme... Promis, juré, cet été ne sera pas vain!

À très bientôt, Jean-Yves!

*

J'extrais d'un groupe Facebook la photo ci-dessous. Elle représente la toute première équipe de Carbone 14 et on peut la retrouver à la cinquième page du cahier photographique de mon livre. Elle m'avait été fournie à l'époque par Michel Fiszbin. J'en possède plusieurs variantes (dont deux en couleurs!) ainsi qu'une planche contact, qui m'ont été offertes par Dominique Fenu peu avant son décès.




La première équipe de OK 14 (future Carbone 14).


Je suis parvenu, au fil du temps, à identifier formellement près de la moitié des membres de cette équipe invraisemblable. Mais si vous vous reconnaissez, contactez-moi !

Le futur Jean-Yves Lafesse est parfaitement reconnaissable: en haut à droite, entre les deux binoclards et l'homme à l'écharpe blanche. Il a la bouche grande ouverte et la main droite prête à agripper je ne sais quoi, peut-être son voisin de dessous. 

À chaque fois que je regarde cette photographie, je me dis que la réalité dépasse très largement la fiction. Car l'histoire de Carbone 14, dont je connais désormais la plupart des ressorts cachés, est unique et absolument délirante. Je pourrais en parler pendant des heures sans me lasser. Le ronron universitaire, à l'aune de cette aventure, est d'une platitude absolue. 

J'en ai parlé iciiciiciiciici... et un peu partout à dire vrai.

mercredi 14 juillet 2021

Hommage au combattant

Le Magazine de la Seine-Saint-Denis de cet été 2021 s'intéresse au foyer de radiolibristes (Radio Zone, Radio 93) qui anima ce département à partir de 1977, et en particulier à Jean Ducarroir.

Le dossier, élaboré par Isabelle Lopez, se divise en deux parties : 

- le magazine papier proprement dit, que l'on peut trouver ici https://www.calameo.com/read/0006349247f736f1c568e



- et un entretien complémentaire, que j'ai accordé au magazine et que l'on peut trouver sur le site web du département  https://lemag.seinesaintdenis.fr/1981-le-bras-de-fer-des-radios-libres-3027

Je conclus par ce vœu: "Ducarroir s'est investi à 100% dans cette histoire, voire plus. J'aimerais qu'il ait une rue à son nom à Aulnay-sous-Bois ou à Saint-Denis, ou qu'une salle de cours porte son nom à Villetaneuse. Il n'a rien fait de mal. Il a juste bousculé la loi. Et finalement, tout le monde est content d'avoir des radios de tous styles de nos jours. Il a joué un rôle capital."



Photo d'identité de Jean Ducarroir.
Coll. K. Lecourt.

mercredi 30 juin 2021

La pieuvre et la bataille

Connaissez-vous La Pieuvre de Jean Painlevé? Ce court-métrage de 1928 est désormais en ligne sur HENRI, la vidéothèque de la Cinémathèque française.

On peut le visionner gratuitement à cette adresse: https://www.cinematheque.fr/henri/film/77646-la-pieuvre-jean-painleve-1928/

Comme on le constatera, j'ai eu le plaisir de contextualiser ce film. On saura (presque) tout sur ce "mollusque star" et les réminiscences littéraires de Painlevé: Lautréamont, Hugo et... Oppien de Corycos.



Dans un tout autre registre, je signale un petit texte sur les radios libres que The Conversation a souhaité reproduire: "Les radios libres: une bataille oubliée". (Enfin, moi, je n'ai pas oublié... et c'est le principal!)



La photo qui illustre l'article a été prise par mes soins en novembre 1983, il y a donc près de trente-huit ans. Elle représente Gérard Lemaire (1947-2017), un grand pionnier des radios libres que j'ai bien connu. On la retrouvera en couverture d'un ouvrage à paraître à la rentrée.

dimanche 20 juin 2021

Les mains de Fromanger

Ci-dessous: les mains de Gérard Fromanger (1939-2021) en train de calligraphier mon prénom dans la pénombre de son atelier parisien. Cela se passait en février 2009.



Photo : Thierry Lefebvre.

Encore récemment, je lui avais demandé d'illustrer la couverture de mon dernier ouvrage, L'Aventurier des radios libres. Mais il était bien trop malade. Cela restera un très grand regret.

On trouvera néanmoins dans l'ouvrage la reproduction de la couverture d'un livre collectif du Cinel, qu'il illustra à la demande de son ami Félix Guattari.



L'Aventurier des radios libres: Jean Ducarroir (1950-2003), p. 120-121.

samedi 19 juin 2021

Pour Myriam

Lorsqu'en 1993, Myriam Tsikounas me contacta afin d'intégrer le "Centre de recherches et d'études en droit, histoire, économie et sociologie du social" (Credhess) de l'Université Paris I-Panthéon, je ne pensais pas que cette aventure se poursuivrait encore une trentaine d'années plus tard. Aujourd'hui, le Credhess a pris le nom d'Isor ("Images, Sociétés et Représentations") et je participe toujours régulièrement aux travaux et aux évaluations de sa belle revue Sociétés & Représentations, que j'ai portée sur les fonts baptismaux, avec une douzaine d'autres collègues, en novembre 1995.

Je me souviens que Myriam avait été intéressée par un de mes textes paru en 1992 dans Archives, la revue de l'Institut Jean-Vigo. Elle me contacta quelque temps après et je fus d'emblée séduit par sa gentillesse. À l'époque, j'étais attaché à l'hôpital Antoine Béclère et obscur chargé de cours à l'Université Paris III.



Depuis, nous avons eu souvent l'occasion de collaborer ensemble. Trop peu, je le regrette, du fait de mon affreux éparpillement. Nous étions tous les deux proactifs, durs à la besogne, mais par malheur dans des universités et des formations très différentes.

Cette femme remarquable -et ô combien bienveillante!- est partie à la retraite il y a peu; et mes camarades Sébastien Le Pajolec et Bertrand Tillier ont eu l'excellente idée de confectionner, dans le plus grand secret, des "Mélanges", afin de lui rendre un juste hommage. Ils m'ont fait le très grand honneur d'y participer, aux côtés de Frédéric Chauvaud, Jean-Jacques Yvorel, Philippe Artières, François Albera, Évelyne Cohen, Pascale Goetschel, Pascal Ory et d'une dizaine d'autres. Que des beaux esprits, et tout sauf une de ces sectes dont l'université regorge. Ne manque à cet aréopage que le très regretté Dominique Kalifa, auquel Sociétés & Représentations s'apprête à rendre hommage.



L'ouvrage a été offert à Myriam hier, à sa plus grande surprise. J'y ai commis un article assez curieux qui, je l'espère, lui plaira: "L'autre secret de Fatima".

Référence du livre: 

Sébastien Le Pajolec, Bertrand Tillier (dir.), Des histoires, des images. Mélanges offerts à Myriam Tsikounas (aux Éditions de La Sorbonne). On peut découvrir le sommaire ici: http://www.editionsdelasorbonne.fr/fr/livre/?GCOI=28405100669360

jeudi 17 juin 2021

Les médecins ont-ils inventé le cinéma d'enseignement ?

C'était hier le dernier des "Mercredis du Comité" de la saison, organisés par le Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) pour cette année universitaire. J'y posais la question suivante: "Les médecins ont-ils inventé le cinéma d'enseignement?".

La réponse ci-après... Avec, par ordre d'apparition: Étienne-Jules Marey, Eugène Louis Doyen et Jean Comandon.


dimanche 6 juin 2021

Parler pour ne rien dire

La "Fête de la radio" est terminée. Ouf, quel gloubi-boulga! Comme prévu, il n'en est pas sorti grand-chose. Beaucoup d'autosatisfaction des uns et des autres, beaucoup d'"habillage", sans doute pour tenter de conjurer l'inexorable déclin des médias traditionnels. "Le message, c'est le médium", écrivait Marshall McLuhan. Nous en avons eu une fois de plus la preuve.

Au moins, cette agitation aura eu l'intérêt de "booster" un peu les ventes du livre sur Carbone 14, sorti il y a quand même près d'une dizaine d'années. Effet de longue traîne, qu'ils disent! Il faut décidément du temps pour que les informations infusent jusqu'aux cerveaux des éventuels lecteurs. J'espère que mon dernier ouvrage sur Jean Ducarroir trouvera son chemin plus rapidement, car ce pionnier le mérite. En tout cas, l'information commence à circuler en Seine-Saint-Denis, où il vécut et lutta il y a une quarantaine d'années.



Bulletin municipal d'Aulnay-sous-Bois (mai 2021). 
Une photographie de Jean Ducarroir aurait été plus judicieuse, mais bon...


Je suis en train de parcourir À l'orée de la forêt vierge d'Albert Schweitzer. Dans un entretien du début des années 1950, ce dernier affirmait: "[...] je ne crois pas que [l'humanité] soit appelée à suivre jusqu'au bout la voie de l'effondrement." Il s'en inquiétait pourtant. Comme on le voit, le mot "effondrement" était déjà en vogue, bien avant les travaux du Club de Rome. Mais évidemment pas pour les mêmes raisons: c'est que les rochers s'érodent... et les moules (ou les croque-mitaines) doivent en changer régulièrement.

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