lundi 6 février 2023

Comandon et Albert Kahn

Quelle merveille que ces jardins Albert-Kahn. Il suffit d'un beau soleil d'hiver pour qu'ils resplendissent.

J'ai profité de cette petite causerie (ma deux cent troisième!) pour me rendre devant ce curieux bâtiment. Là, il y a près de cent ans, Jean Comandon et Pierre de Fonbrune ont réalisé quelques-uns de leurs plus beaux films de microcinématographie, ainsi que d'autres, tout aussi magnifiques, sur la croissance des végétaux. La construction a été remaniée depuis, mais la tourelle est toujours bien visible.



Il y a une centaine d'années.



Photo: Cécile Raynal.



Merci à l'équipe du musée pour cette redécouverte!

samedi 4 février 2023

Le terrible précipice derrière le petit bois

À force de chercher et encore de chercher, de penser et toujours de penser, on finit parfois par entrouvrir des portes immatérielles que personne n'avait soupçonnées jusqu'alors. C'est ce qui s'est passé il y a quelques jours. Partant d'un ancien texte que j'avais écrit il y a une trentaine d'années, je me suis efforcé d'élargir le champ comme le font les microbiologistes, en tournant la vis macrométrique de leur microscope.

Dès lors, le propos "pointu" (et je le reconnais, étriqué) de ce texte princeps, si universitaire par le fait même de son bornage, s'est trouvé comme englouti par une ébauche de récit qui, de la rue Boileau à la rue Taine, de la rue de Dunkerque au camp de concentration de Neuengamme, conte l'histoire d'un rêve brisé.

Très modianesque, je trouve... 

Modiano qui écrit dans Souvenirs dormants: "Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s'enchaînent."

J'ai encore plein de choses à écrire. Mais cette histoire également, il faudra que je la conte. À suivre...

PS: le titre de ce post est tiré d'un poème d'Alfred Tennyson que je viens de lire.

mardi 31 janvier 2023

La Science se livre

J'ai découvert le musée départemental Albert-Kahn en 1995, à l'occasion de l'exposition "Albert Kahn. Réalités d'une utopie" (28 novembre 1995-18 septembre 1996). Depuis, je professe une certaine admiration pour ce grand philanthrope, ruiné par les retombées tardives du krach de 1929.

Je n'oublie pas que ce mécène accueillit, dans son magnifique domaine, Jean Comandon et son assistant Pierre de Fonbrune, afin que tous deux y perfectionnent la microcinématographie et le time-lapse. J'ai raconté ça dans l'ouvrage Filmer la science, comprendre la vie. Le cinéma de Jean Comandon, coordonné par Béatrice de Pastre avec mon concours (et avec l'aide inestimable de Patrice Delavie et de la regrettée Magalie Balthazard).

C'est donc avec un très grand plaisir que j'interviendrai, dimanche prochain, dans le nouvel auditorium du musée. Ça se passera dans le cadre de l'édition 2023 de "La Science se livre".



Intertitre de Faune microscopique d'un étang en juillet (1930).
Filmé par Jean Comandon et Pierre de Fonbrune pour Albert Kahn.

vendredi 27 janvier 2023

P'tits regrets

Puisque je viens d'évoquer précédemment les secousses de Radio France, puis-je me permettre de saluer Noëlle Bréham, qui a tenu la barre des "P'tits bateaux" pendant un quart de siècle? Certes, nul n'est irremplaçable en ce bas monde, mais j'avoue regretter son enthousiasme et sa malice. Bonne continuation, chère Madame!



Dans le studio de France Inter
le 16 mars 2017.

Quelques bons souvenirs: ici... ou ici... ou ... et encore .

mardi 24 janvier 2023

Tourne la roue

Ainsi donc, Sandrine Treiner, la dynamique directrice de France Culture (depuis 2015), vient de démissionner.

Je n'ai pas d'opinion sur les raisons qui l'ont poussée à se démettre, mais l'ayant croisée à quelques reprises, j'en garde le souvenir d'une femme attentive et intelligente.

En 2014 par exemple, nous nous étions rencontrés dans le cadre d'une émission d'Antoine Spire, "Tambour battant" sur Demain TV. Ce tournage avait été très amusant, ce qui est rare à la télévision. 

Étaient également présents dans le studio/appartement d'Antoine Spire: Sebastien Poulain, Joël Ronez et Sophie Nauleau. Je dois avoir des photos quelque part.




Devant les mêmes ouvrages.
La bibliothèque d'Antoine Spire est bien mieux rangée que la mienne.

dimanche 22 janvier 2023

Regret, mode d'emploi

Parmi mes plus grands regrets, il y a le fait de n'avoir pu/su organiser, comme je l'avais envisagé avec Claude Guillon (1952-2023), un colloque ou une journée d'étude sur son livre Suicide, mode d'emploi (1982), coécrit avec Yves Le Bonniec.

Je m'étais procuré ce livre dans les années 1980, peu avant son interdiction définitive. Livre très utile pour le toxicologue que j'étais alors, en particulier le chapitre X -le plus problématique- intitulé "Éléments pour un guide du suicide" (p.209-240).




Je ne rencontrai Claude Guillon que bien plus tard, à l'occasion du mouvement lycéen contre la loi Fillon (décembre 2004-avril 2005). Militant communiste libertaire opiniâtre, il était un observateur infatigable des mouvements sociaux les plus radicaux.

Même si je ne partageais pas -loin de là!- toutes ses idées et croyances, nous nous entendîmes très bien. Nous nous échangeâmes nos ouvrages respectifs. J'ai sous les yeux la très riche mise au point -Le Droit à la mort. “Suicide, mode d'emploi”, ses lecteurs, ses juges (2004)- qu'il m'avait offerte et qui aurait dû servir de base à cette journée d'étude. Rappelons que Suicide, mode d'emploi fut à l'origine de la loi n°87-1133 du 31 décembre 1987, qui institua le délit de "provocation au suicide". Claude Guillon avait été également un des rédacteurs de Tankonalasanté, revue critique du milieu des années 1970 qu'il m'arrive encore de feuilleter, à travers la saisissante compilation éditée par Maspero en 1975.

Pourquoi ce projet de mise en perspective historique n'a-t-il pas abouti? Par ma faute, c'est certain. Trop de dispersion, les maladies des proches, une malencontreuse indécision... Il ne me reste plus aujourd'hui que le regret, puisque Claude Guillon, que je savais malade depuis plusieurs années, nous a quittés.

dimanche 15 janvier 2023

Carrefour international de la communication

Une dernière remarque sur Didier de Plaige, avant de passer à autre chose. Il n'était pas uniquement fasciné par la radio, même s'il lui consacra beaucoup de temps et d'énergie. Tous les médias l'intéressaient.

J'ai déjà évoqué, dans un article paru dans les Cahiers d'histoire de la radiodiffusion (n°129, juillet-septembre 2016, p. 35-57), son intérêt pour la télématique, avec le service pionnier X2001, lancé en juillet 1986. J'en ai d'ailleurs conservé quelques captures d'écran, imprimées à l'époque sur papier listing à marges perforées.

Mais son rêve, c'était la télévision. Et ce fut malheureusement son grand échec. Il envisagea de lancer "Télé Ici & Maintenant Expérimentale!" (TIME!), trois ans avant que Canal+ démarre ses émissions, avec les soutiens politiques et financiers que l'on sait. Le 13 avril 1984, il tenta encore d'émettre en pirate, avec le soutien de Nouvelles Frontières. L'émetteur ne fonctionna pas.

Fin 1985, le Carrefour international de la communication (CICOM, créé en juin 1984) lança un concours de maquettes de télévisions locales ("52 minutes pour une TV locale"). TIME! y participa au côté d'autres projets. Si quelque historien ou archiviste retrouve un jour la maquette en question (sur Betacam, je crois me souvenir), qu'il me fasse signe: il y verra mon nom au générique, puisque je me rappelle très bien avoir participé au mixage-son avec Didier (décidément, je m'amusais follement à cette époque!). 

La dissolution du CICOM par la droite revenue au pouvoir en mars 1986, ne permit pas la pérennisation du projet. Ici & Maintenant ne récolta que des dettes.



Carte de visite de la SARL Ici & Maintenant, en 1986.
Coll. Thierry Lefebvre.

samedi 14 janvier 2023

Peinture fraiche

Les grèves de la faim de Didier de Plaige, c'était encore un autre truc incroyable. J'ai assisté à celle de l'été 1986: 41 jours de jeûne alimentaire, avec hydratation et supplémentation vitaminique, simplement pour obtenir de TDF le confort d'écoute qui avait été promis. Ça me paraissait surréel.

Moi qui commençais à voir affluer des patients sidéens cachectiques dans mon hôpital de Clamart, je n'en revenais pas. Cela en valait-il vraiment la peine? Pour Didier, la réponse était oui. C'était un moyen d'action non-violent, inspiré de Lanza del Vasto qu'il admirait par-dessus tout. On en discutait parfois. Je le revois avec sa bouteille d'eau dans son bureau, non loin de Beaubourg et de l'Ircam. Comme si c'était hier.

D'ailleurs, en y repensant, c'est par l'intermédiaire d'Ici & Maintenant que j'ai rencontré "mes" premiers grévistes de la faim. La date reste gravée dans ma mémoire: le 6 août 1983. C'était au sous-sol de la galerie "Peinture fraiche", 29 rue de Bourgogne. La radio s'y était installée pour quelque temps et je m'y rendais parfois en curieux. 

Je me souviens que ça se passait à l'occasion du "Jeûne pour la vie", une action mondiale contre l'armement nucléaire. C'était l'anniversaire du bombardement d'Hiroshima. Le problème n'a pas été résolu depuis, il a même franchement empiré. 

Je ne me souviens plus si Solange Fernex était présente cette nuit-là, peut-être parlait-elle au micro, mais j'ai discuté avec quelques-uns de ces jeûneurs jusqu'au-delà de minuit.

Aujourd'hui, je connais plusieurs personnes qui disent pratiquer des "jeûnes" pour se maintenir en bonne santé. Le mot me semble bien galvaudé, car l'objectif est bêtement utilitariste. Aucune foi ne les anime, cela va de soi. Disons qu'ils se contentent de ne pas manger de temps en temps, mais le dire comme ça, c'est sans doute trop prosaïque.

vendredi 13 janvier 2023

Radio Village

Didier de Plaige écoutait tout le temps sa station, ou du moins il en donnait l'impression. Combien de fois je l'ai vu avec un petit récepteur et des écouteurs, déjà dans les années 1980.

Parfois, il m'appelait hors-antenne pour m'encourager: "C'est bien, continue!". D'autres fois, il me suggérait de lancer Radio Village. J'adorais. "Radio Ici & Maintenant présente Radio Village, station expérimentale automatique... C'est à vous maintenant... Sbloing!"

En fait, il n'y avait rien d'automatique. Je lançais manuellement le message de transition enregistré sur une cassette et, au moment approprié, je connectais le téléphone (il sonnait en permanence). L'auditrice ou l'auditeur se retrouvait instantanément à l'antenne. Il y avait par ailleurs des ruses pour que les plus malins n'accaparent pas la ligne. Par exemple, connecter brièvement (quelques millisecondes) l'auditeur astucieux, le déconnecter aussitôt... Le téléphone se remettait instantanément à sonner et quelqu'un d'autre, moins malin, alunissait à l'antenne grâce à mon subterfuge.

Il y avait également la formule "ping-pong": deux lignes téléphoniques en parallèle, et donc deux auditeurs connectés au même instant, comme dans un collage surréaliste à la Max Ernst. Derrière la table de mixage, c'était une véritable gymnastique... et combien de fous rires!

J'ai retrouvé, il y a quelques mois, ce court extrait, entre mille autres. Cela se passait durant la nuit du 9 au 10 avril 1986, à l'occasion d'un vote de confiance à l'Assemblée nationale... bien oublié. J'étais aux commandes cette nuit-là, invisible, "transparent" comme aimait à le dire Didier de Plaige, mais tellement affairé. Comme on peut le constater, certains n'hésitaient pas à faire circuler des "fake news", je ne sais plus le nom qu'on leur donnait à l'époque (rumeurs peut-être tout simplement, n'est-ce pas Jean-Noël Kapferer?). Rien de nouveau sous le Soleil donc... Les sociologues frais émoulus peuvent aller se rhabiller.




Radio Ici & Maintenant (96.6 MHz).
Radio Village - 9 avril 1986.
Coll. Thierry Lefebvre.

jeudi 12 janvier 2023

DDP le pionnier

J'apprends, avec un certain retard, le décès de Didier de Plaige (1948-2022). Pour rappel, il a dirigé Radio Ici & Maintenant pendant plus de quarante ans.



Didier de Plaige sur France Inter (donc en 1978).
Guy Skornik ne devait pas être loin.
Photo : X.

Je l'ai beaucoup écouté au début des années 1980. Je l'ai aussi régulièrement fréquenté de l'automne 1985 à l'hiver 1986, alors que j'étais un des animateurs de cette antenne.

C'était un sacré bonhomme, même si l'affreux matérialiste que j'étais -et suis encore à mon grand regret- ne fut guère en phase, c'est le moins qu'on puisse dire, avec ses convictions religieuses.

Je me souviens qu'il m'avait parachuté à l'antenne, la nuit de Noël 1985, avec un jeune homme, qui se faisait passer pour la réincarnation du Christ, un type au demeurant fort sympathique. Je me souviens également l'avoir prodigieusement agacé en mixant à l'antenne une intervention du pape, alors de passage en France, avec je ne sais quels sons ou chansons irrespectueux.

En fait, toutes ces choses un peu folles m'ont laissé de merveilleux souvenirs, et je ne le remercierai jamais assez de m'avoir poussé dans mes retranchements. C'est si triste de n'être que soi-même.

J'aurais des centaines de choses à raconter à son sujet. Et j'y reviendrai.



Les auditeurs d'Ici & Maintenant devant le CSA (octobre 1996).
Didier est en bas à droite, je crois.
Photo : Thierry Lefebvre.

mardi 10 janvier 2023

Monde de fous

Il y a dix ans, je travaillais beaucoup sur la Radio scolaire. J'en tiens pour preuve ce post du 10 janvier 2013, où il était question, entre autres choses, d'une émission d'Emmanuel Laurentin, "La Fabrique de l'Histoire" (France Culture) à laquelle j'avais été invité. https://thierry-lefebvre.blogspot.com/2013/01/radio-scolaire.html.

Je viens cependant de vérifier les liens de ce post antédiluvien. La totalité sont inactifs! On peut certes retrouver l'émission (sous le titre énigmatique "Éducation 3/4") sur cette nouvelle page du site de Radio France (https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/education-3-4-2503700), mais tous les autres hyperliens ont sombré hyper corps et hyper biens.

Le web, c'est cool (encore merci Monsieur Berners-Lee!), mais c'est quand même un sacré bordel! On y retrouve rarement ce que l'on cherche, surtout au fur et à mesure que le temps passe. 

Alors, je ne vous dis pas quand on ne cherche rien de précis: c'est le web qui vous trouve et, avec lui, les web spiders qui viennent vous sucer les rares neurones encore fonctionnels.

*

Aujourd'hui, je prépare le matériau du n° 417 de la Revue d'histoire de la pharmacie (il sortira en mars prochain). J'y ai commis un article assez curieux, sur un personnage tout aussi curieux. C'est fou toutes les incongruités qu'on finit par extraire, quand on creuse vraiment une question. Plus les années passent, plus j'en amoncelle dans ma besace, à croire que notre monde n'est fait que de bizarreries refoulées.

J'en reparlerai, parce que le gars en question était vraiment barré.

mardi 3 janvier 2023

RadioMorphoses n° 8

Avec Sebastien Poulain qui en a conçu le projet, nous avons coordonné le dernier numéro de la revue électronique RadioMorphoses, sur le thème "Radio et mobilisations".




Au sommaire: 

Michel Sénécal, Raffaello Doro, Ingrid Hayes, Olga Bautista Cosa, Carla Bezanilla Rebollo, José Emilio Pérez Martinez, Lassané Yaméogo, Emma Heywood, Wisnique Panier, Pauline Picot, Marie Fierens, Ornella Rovetta, Amande Désirée Koffi-Kra, Félix Patiès. Sans oublier deux "varia".

Merci à toutes et à tous, et en premier lieu à Sebastien!


Référence: Thierry Lefebvre, Sebastien Poulain (dir.), RadioMorphoses, n°8 ["Radio et mobilisations. Quand la radio fait bouger les lignes"], 2022, 173p.  https://doi.org/10.4000/radiomorphoses.2493 

samedi 31 décembre 2022

Connexion téléphonique

Jusque dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 janvier 1985, Fréquence Libre (comme la plupart des autres radios locales) ne disposait que d'une ligne téléphonique pour passer ses auditeurs à l'antenne. Je trouvais ça assez frustrant.

Cette nuit-là, je m'en souviens très bien, j'ai donc installé une seconde ligne depuis un téléphone situé dans le hall d'accueil de la station, à une dizaine de mètres de la régie. Une rallonge de 20 mètres, deux pinces crocodile, un jack 3,5 mm fiché dans l'embase d'une des pistes de la console de mixage... et le tour était joué. Ce fut une petit changement de paradigme, comme dirait mon boulanger.

Si je peux me souvenir de la date précise de ce micro-événement, c'est parce que je dispose de l'enregistrement de cette nuit, entre autres sur une compact cassette Radiola C90.




Nous étions deux compères à l'animation: Sophie devant un des micros du studio, et moi au micro régie, mon préféré.

Extrait 1... Sophie: "Au fait, salut si vous arrivez seulement maintenant. Il est 0h et 12 minutes, vous êtes à l'écoute de Fréquence Libre, 103.1 MHz en FM et en stéréo. N'allez pas vous perdre sur la bande FM, comme dirait quelqu'un que je connais bien. C'est au 245.44.46, 2-4-5-4-4-4-6, un numéro très très simple. Vous le faites, ça ne coûte pas cher, surtout pour nous."

Extrait 2... Sophie: "Je vous rappelle que vous êtes toujours à l'écoute de Fréquence Libre. Je suis obligée de crier, Thierry est parti! Je suis toute seule dans le studio! Vous êtes sur le 103.1 de la bande FM, Fréquence Libre. C'est Offensive Média. Deux numéros de téléphone: le 245.44-46 - occupé pour le moment - et le 206.16.40 - il y a peut-être quelqu'un, je ne sais pas... Il est 0h et 41 minutes."

Inconvénient du dispositif: je devais régulièrement sortir de la régie pour me rendre dans le hall et répondre aux nombreux coups de téléphone, puis y revenir pour monter le curseur.

*

Lu dans Le Baron perché d'Italo Calvino cette sentence: "Les exploits que fonde une obstination tout intérieure doivent rester secrets; pour peu qu'on les proclame ou qu'on s'en glorifie, ils semblent vains, privés de sens, deviennent mesquins."

Voilà une jolie pensée pour terminer cette année.

vendredi 30 décembre 2022

Chaînon manquant

Certaines mauvaises langues prétendent que les radios libres n'ont accouché que d'une souris. Eh bien! non... elles ont accouché d'une grenouille.

La preuve:



Gephyromantis saturnini.

Découverte à Madagascar en 2015 par Mark Scherz, Gephyromantis saturnini doit son petit taxon au pseudonyme radiophonique du grand herpétologiste Alain Dubois, alias Saturnin Pojarski.

C'est la seule espèce, à ma connaissance, indirectement issue de la FM française.



Avec Saturnin à la BnF.
Lundi de l'INA spécial Carbone 14,
30 janvier 2012.
Photo : Cécile Raynal.


mercredi 28 décembre 2022

SVP Monsieur Sollers

Il y a quarante ans paraissait chez Gallimard la première traduction française du monumental Finnegans Wake de James Joyce, avec cette dédicace incroyable de son auteur, Philippe Lavergne: "Cette traduction est un hommage à toute la station CARBONE-14."

Dans Carbone 14. Légende et histoire d'une radio pas comme les autres, j'ai émis l'hypothèse, après d'autres, que le véritable auteur de cette traduction n'était autre que Philippe Sollers (voir chapitre 14: "Le mystère Lavergne").

Pour autant, Philippe Lavergne s'est bien incarné à quelques reprises, essentiellement dans le studio mythique de la rue Paul-Fort. Plusieurs animateurs de la défunte station me l'ont soutenu mordicus. Fenu et Lafesse également, quand ils vivaient encore. On entend sa voix dans un Atelier de création radiophonique du 5 juin 1983. Je possède même une photographie du bonhomme, de profil, que j'ai reproduite dans mon bouquin.




Aujourd'hui, Philippe Lavergne aurait 86 ou 87 ans, si j'en crois la présentation qu'en fit Régis Jauffret (qui était à l'époque animateur à Carbone 14) dans un article mémorable du Monde du 3 décembre 1982. 

Peut-être est-il décédé depuis (Lavergne, pas Jauffret)? J'ai retrouvé la trace de deux Philippe Lavergne qui pourraient faire l'affaire: l'un (1935-2001) est né dans le 15e arrondissement, l'autre (1935-1994) dans le 14e, le futur arrondissement de Carbone 14.

Monsieur Sollers, ne trouvez-vous pas que la plaisanterie n'a que trop duré? Il est encore temps d'assumer cette supercherie et de rétablir la dignité d'un probable défunt. 

Si vous googlelisez votre nom, contactez-moi à l'adresse électronique ci-dessus. 

Merci par avance Monsieur Sollers et bonne fin d'année!

dimanche 25 décembre 2022

Noël 1984

Hier soir, je me suis mis à repenser au Noël de 1984. Ce soir-là, je m'en souviens très bien, j'animais comme de coutume une émission sur Fréquence Libre. Vers 22h ou peut-être minuit, mon camarade Alain Dubois (voir sa fiche Wikipedia) est arrivé avec quelques disques sous le bras, dont la version "extended" du fameux Nowhere Girl du groupe anglais B-Movie, qui servait de générique à son émission hebdomadaire "Les Oiseaux de la nuit".




Nowhere Girl, "extended" (B-Movie, 1982).

Je me souviens très bien lui avoir cédé ma place à la régie et m'être confortablement installé en face, dans le studio diffusion. Dès lors, je ne sais plus trop pourquoi, les auditeurs n'ont cessé de nous appeler pour nous souhaiter un bon Noël. Cela a dû durer une heure, peut-être plus: nous n'en revenions pas.

Aujourd'hui encore, ça reste un merveilleux souvenir, si différent de ces moments prétendument "festifs" qui ne laissent aucune trace, sinon l'amertume du temps perdu.

J'ai pas mal échangé, ces derniers jours, avec une ancienne camarade de cette radio, depuis plus de trente ans journaliste au Monde. Elle vient de retrouver une pile de cassettes, divin nectar.

En faisant quelques recherches (je n'arrête pas pendant cette période un peu pénible, ça me sert de dérivatif), je me suis aperçu que Fréquence Libre s'était installé dans un ancien dispensaire d'hygiène sociale. C'était un peu ça aussi, la radio du début des années 1980: de l'hygiène sociale.



Une pièce du dispensaire du 54 avenue Secrétan
(qui deviendra le bureau du directeur de la radio).
Agence de presse Meurisse, 1921.
BnF - Département Estampes et photographie.
Gallica.

mercredi 21 décembre 2022

Jean-Luc Couron, pionnier spectral

Dans La Bataille des radios libres, j'ai évoqué à de nombreuses reprises le rôle important joué par Jean-Luc Couron dans ce mouvement qui mit fin au monopole d'État de la radiodiffusion.

Couron nous a quittés il y a fort longtemps, sans que je puisse le localiser et m'entretenir avec lui. C'est un autre de mes très grands regrets, avec celui de ne point avoir rencontré Jean Ducarroir.

Cela peut paraître incroyable, mais je ne dispose d'aucune photographie de lui, à croire qu'il ne fut qu'un fantôme de passage sur cette Terre.

Si vous disposez d'informations ou si vous souhaitez évoquer son souvenir, vous pouvez me contacter à l'adresse électronique indiquée dans le bandeau ci-dessus.



Journal télévisé de France 3, 6 mai 2008.


vendredi 16 décembre 2022

Merci Manuel Göttsching

J'ai été "biberonné" au krautrock. En fait, je me suis "biberonné" tout seul.

C'est donc avec une infinie tristesse que je viens d'apprendre la mort de Manuel Göttsching (1952-2022), que j'ai à plusieurs reprises évoqué sur ce blog.

Sa musique et celle d'Ashra m'accompagnent depuis plus de quarante ans. Encore hier soir, j'écoutais le mythique Dream, en rédigeant deux ou trois pages sur un sujet qui n'avait pourtant rien à voir.

J'ai eu le bonheur d'échanger avec Manuel -trop brièvement- il y a quelques années. Ce fut une immense joie. On a comme ça des gens qui vous accompagnent, si loin, si proches.

Là, j'écoute l'album Belle Alliance (1980), dont voici le dernier morceau intitulé Mistral.



Ashra/Manuel Göttsching, 
Mistral (Virgin, 1980).

Et je n'oublierai jamais le fragment radiophonique amusant qui suit. Je ne m'en lasse pas, alors je le remets sur ce blog. Le morceau diffusé, ce soir-là d'août ou septembre 1984, était le génial E2-E4 de Göttsching... d'une durée de 59 minutes et 20 secondes.



Fréquence Libre, fin été 1984. 
Musique : Manuel Göttsching, E2-E4.
Animateur : Thierry Lefebvre.


*

Impossible de parler de Manuel Göttsching sans évoquer Klaus Schulze (1947-2022), cet autre géant du krautrock, lui aussi décédé voilà peu.




Une dizaine d'années après "Ash Ra Tempel", Schulze et Göttsching se retrouvèrent, dans le cadre du projet "Richard Wahnfried". J'aime particulièrement le morceau intitulé Schwung, tiré de l'album Tonwelle (1981), qui peut d'ailleurs être écouté en 33 tours ou 45 tours.

Klaus Schulze est aux synthés et boîte à rythme, Michael Schrieve aux percussions, Michael Garvens prête sa voix. Sans oublier les deux guitaristes: Manuel Göttsching et le mystérieux Karl Wahnfried.

C'est désormais un secret de polichinelle: Karl Wahnfried n'était autre de Carlos Santana. Il entre en scène peu après la cinquième minute et vient se surimpressionner sur la guitare de Göttsching. On ne peut pas le rater!



Richard Wahnfried, Schwung (1981).


Je pourrais parler de toutes ces choses pendant des heures, mais d'autres travaux m'appellent...

jeudi 15 décembre 2022

Diviser pour mieux régner

Quand je rédige un post sur ce blog, c'est soit pour signaler une de mes publications ou interventions, soit pour évoquer une question qui me turlupine, un objet de recherche parfois momentané, un souvenir amusant. Très rarement pour commenter ce dont tout le monde parle par effet de contagion (enfin je l'espère). Et jamais ô grand jamais pour évoquer ce qui m'est le plus cher, le plus précieux, et qui m'émerveille chaque jour. Je ne vous dirai pas quoi☺.

Comme j'ai tendance à me disperser (voir deux posts au-dessous), il est probable que mes lecteurs plus ou moins réguliers ou même très irréguliers s'y perdent un peu/beaucoup. Pour prendre quelques exemples récents, les personnes intéressées par l'histoire de la radio n'ont probablement que faire de Christian Belaygue et d'André Daguin; ceux qui se penchent sur l'histoire des "mouvements sociaux", ne se préoccupent sans doute pas de Supernana; quant aux férus d'histoire de la médecine et de la pharmacie, ils n'ont certainement jamais entendu parler de Pierre Esperbé et de Jean Ducarroir. La ségrégation, c'est souvent au sein de nous-mêmes que ça se passe.

Faudrait-il pour autant subdiviser ce blog en trois, quatre, cinq, voire dix blogs? Faudrait-il "cloisonner" les thématiques, un peu à la manière qui prévaut dans le monde universitaire? Je ne le pense pas. De toute façon, je n'en ai ni l'envie et, paradoxalement, ni le temps.

*

Hier soir, pendant que mes contemporains tuaient probablement le temps devant leur télé/miroir aux alouettes, je lisais Le Troisième Homme, la nouvelle de Graham Greene qui a servi de matériau de base pour le beau film homonyme de Carol Reed (1949).

J'ai noté cette phrase, qui est sans doute la clé de l'intrigue: "Nous n'arrivons jamais à nous faire à l'idée que nous comptons moins pour les autres qu'ils ne comptent pour nous."

Magnifique et tellement vrai!

mardi 13 décembre 2022

Christian Belaygue avait raison

Cela fait plus d'une décennie que Christian Belaygue (1947-2012) nous a quittés. Au moment de son décès, j'avais salué sa mémoire dans ce blog (voir "In memoriam Christian Belaygue", 12 mars 2012). Je me promettais d'ailleurs de revenir sur la question... Il n'est jamais trop tard.

Plus j'y repense, plus il me semble que l'expérience du festival CinéMémoire de 1993 fut héroïque.




Pour l'instant, je n'ai pas retrouvé la date précise de ma première rencontre avec Christian (ce devait être, en tout cas, rue du Colisée), mais je sais en revanche que nous nous rendîmes tous les deux aux Archives du film de Bois-d'Arcy le mercredi 9 juin 1993, pour y visionner, sur table de montage, une série de bandes 35 mm jusqu'alors snobées par les historiens du cinéma. Nombre de ces films composèrent par la suite le cycle "Le cinéma contre la syphilis", sans aucun doute l'expérience la plus radicale du festival.

Je viens de relire à ce propos le bel article de Marie Frappat, intitulé "Films retrouvés, films restaurés. Le festival CinéMémoire (1991-1997) ou la mise en scène du patrimoine cinématographique" (2020).

Voilà ce qu'écrit cette historienne : "En 1993, une nouvelle édition internationale, essentiellement européenne, est organisée du 28 octobre au 14 novembre. L'intérêt pour les rétrospectives à caractère socio-historique est de plus en plus prégnant - la plus marquante étant certainement celle mise au point par Thierry Lefebvre sur les maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis."

Je tiens à préciser que Christian et moi avons élaboré ensemble cette rétrospective, en parfaite symbiose, même j'en ai écrit le long texte du catalogue.

Marie Frappat continue: "Dès le 23 novembre, Dominique Païni [le directeur général de la Cinémathèque française adresse une note à l'attention de Christian Belaygue, comportant des réflexions concernant l'édition de novembre 1993, qui apparaît comme un texte à charge. Il y pointe une incompatibilité entre les activités du festival et celles de la Cinémathèque française. Trop éparpillée et désordonnée selon lui, relevant d'un sociologisme flou, présentant des films d'inégale valeur sans ligne directrice, résultant d'une conception étroitement archiviste du cinéma, la programmation de la manifestation s'oppose à l'histoire de l'art cinématographique fondée sur les évaluations et réévaluations des œuvres et de leur auteur, qui guide l'institution qu'il dirige."

Marie Frappat le démontre, cette critique portait en germe la rupture qui s'opéra quelques mois plus tard. Je passe, par ailleurs, sur les enjeux de pouvoir qui m'ont toujours révulsé.

Cette vision étriquée du cinéma comme Art (avec un grand A, comme dans Anastasie), m'a toujours agacé. Comme tout un chacun (en tout cas je l'espère), je suis capable de faire la différence entre un film exceptionnel et une daube comme il s'en fait à la chaîne ces derniers temps, parfois même sous prétexte d'Art. OK pour la contemplation et l'admiration! Mais de grâce, laissez aux spectateurs la possibilité d'être tout simplement intrigués!

Je me rappelle d'une petite polémique avec un apparatchik du mensuel Positif. Il faut que je retrouve ça, pour rigoler un peu. Mais où?

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