vendredi 17 mai 2019

"Dirty Corner" d'Anish Kapoor : chronique d'une œuvre

Parution début juin 2019 d'un nouvel ouvrage :

Claire Noble (texte), Thierry Lefebvre (photographies), Dirty Corner d'Anish Kapoor: chronique d'une œuvre. Entre violence artistique et violence politique, Bruxelles, La Lettre volée [coll. Palimpsestes], 2019, 144 pages.

Anish Kapoor ; Claire Noble ; Thierry Lefebvre

En 2015, j'avais suivi avec le plus vif intérêt le montage, les déboires puis le démontage d'une œuvre monumentale baptisée Dirty Corner, qu'Anish Kapoor avait exposée sur le Tapis Vert des jardins du Château de Versailles. Installation superbe et dérangeante, qui échauffa quelques esprits chagrins et provoqua des réactions hostiles absolument désolantes. Rarement œuvre d'art eut à subir autant de déboires, révélant par-là même quelques crispations pathologiques dans notre beau "pays des Lumières".
Dans la foulée de cet affrontement hautement symbolique, Bertrand Tillier me commanda un petit article qui parut dans la revue Sociétés & Représentations. On peut le télécharger ICI.

Docteure en esthétique de l'Université Paris 8, la philosophe Claire Noble s'est replongée dans la chronologie des événements. Avec son éditeur Daniel Vander Gucht (directeur du Groupe de recherche en sociologie de l'art et de la culture de l'Université libre de Bruxelles), elle a souhaité appuyer sa réflexion sur quelques-uns des clichés que j'avais alors réalisés: il en résulte une sélection de 52 illustrations en couleur qui documentent tous les stades de cette invraisemblable bataille.

L'ouvrage s'apprête de sortir en juin et le texte de Claire Noble s'avère des plus intéressants. On peut se le procurer d'ores et déjà sur le site des éditions La Lettre volée.

Présentation de l'éditeur :
"Reprenant l'histoire inédite de la sculpture hors norme d'Anish Kapoor, installée de juin à novembre 2015 dans le Parc du Château de Versailles, ce livre retrace minutieusement la chronique des événements peu communs qui ont alors scandé la vie de Dirty Corner. Rebaptisé “Vagin de la Reine” avant même d'être montré au public, ce que d'aucuns ont pu qualifier de “déchet sculptural” sera le terrain de quatre actes de vandalisme, incluant notamment le tristement célèbre épisode des graffitis haineux et antisémites qui a fait la une des journaux en septembre 2015. C'est cette dynamique processuelle continuée entre la violence politique, que Dirty Corner contient désormais irrévocablement, et la violence artistique, qui s'efforce de la dépasser, qui fait ici l'objet d'une analyse documentée et d'une réflexion critique."

samedi 11 mai 2019

À la recherche de Clovis-Jules Sagot

Clovis Sagot joua un rôle important dans les débuts de la carrière de Pablo Picasso. C'est dans sa "galerie" de la rue Laffitte que Leo et Gertrude Stein découvrirent son œuvre; que le collectionneur Sergueï Chtchoukine acheta en 1909 la Dame à l'éventail; que Marie Laurencin rencontra pour la première fois Guillaume Apollinaire en 1907. Etc. Etc.
Picasso fit même de lui, en 1909, un portrait fameux, aujourd'hui exposé au Kunsthalle de Hambourg. On peut l'admirer ici.

Curieux de mieux connaître cet homme bien oublié, j'ai parcouru, ces derniers mois, de nombreux ouvrages d'histoire de l'art, et force m'a été de constater que leurs auteurs s'étaient souvent contentés de se recopier, sans vraiment vérifier leurs sources. Je me suis même rendu dans l'église ainsi qu'au cimetière de La Celle-Saint-Cloud, où la tombe du marchand d'art a malheureusement disparu, mais où j'ai pu repérer au sol les empreintes de Pablo Picasso, Juan Gris, André Salmon, etc. (Je plaisante.)


Qui était Clovis Sagot et d'où venaient les légendes qui continuent d'entourer son personnage? C'est l'objet d'un nouvel article à paraître en juin 2019 et dont je viens de corriger les épreuves. Modeste contribution à l'histoire de l'art assurément: libre aux spécialistes de le consulter!

Référence:
Thierry Lefebvre, "La légende du "pharmacien" Sagot", Revue d'histoire de la pharmacie, n°402, juin 2019, p. 271-280.

mercredi 8 mai 2019

Pèlerinage en Seine-Maritime

Devant la tombe de Marcel Duchamp, on se sent bien petit...

 

Devant celle de Gustave Flaubert, le souffle nous manque...



Devant celle de Georges Braque, il nous faudrait malheureusement ses ailes...



"D'ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent" (Duchamp).

mardi 30 avril 2019

Radio Riposte en duplex avec Lorraine Cœur d'Acier

Il était question de Lorraine Cœur d'Acier dans "Affaires sensibles" de ce jour, avec le sympathique et toujours jeune Marcel Trillat comme invité et témoin.
La fiche présentation de l'émission, sur le site de France Inter, signale d'ailleurs La Bataille des radios libres (hélas épuisée!) dans sa bibliographie, et j'en remercie l'équipe de production.

En revanche, ce que Fabrice Drouelle ne pouvait pas savoir, c'est que Radio Riposte avait réalisé un duplex avec Lorraine Cœur d'Acier à l'occasion de son émission historique du 28 juin 1979.
On découvrira les circonstances, les enjeux et la retranscription inédite intégrale de cet échange, entre d'une part le sénateur socialiste Bernard Parmantier et d'autre part le journaliste communiste Marcel Trillat, dans Francois Mitterrand pirate des ondes. L'affaire Radio Riposte (Paris, Le Square Éditeur, 2019).

J'en profite pour signaler que cet ouvrage vient de sortir de chez l'imprimeur. Voici la photographie d'un premier exemplaire.
Sortie officielle le 14 mai, mais on peut d'ores et déjà se le procurer auprès de l'éditeur: https://lesquare-editeur.fr/page-contact.html.

Radio Riposte

mardi 23 avril 2019

Les nouveaux voyages extraordinaires

Un grand dépotoir jonché de meubles au rebut, de chaises tordues, d'armoires déglinguées, des articles de vaisselle ébréchés, cartons, vêtements, sacs, anciens cahiers d'écolier, livres, etc. Spectacle habituel et quelque peu tristounet des "encombrants" de nos cités. Il paraît que chaque Français en produit quelque 200 kilogrammes par an selon les spécialistes! Je vais finir par le croire.

Dans ce grand capharnaüm déballé à même le trottoir, une grande malle disloquée -probablement balancée sans ménagement depuis un véhicule- et, tout autour, des monceaux de papier dispersés au vent et piétinés sans vergogne.
Curieux par nature, j'y jette un coup d'œil, puis deux, puis trois... Je décide finalement de tout prendre: des centaines de lettres -les unes écrites à la main, les autres tapées à la machine- qu'il me faudra désormais classer, analyser, interpréter. Me voilà en effet légataire, par le plus grand des hasards, d'une correspondance extraordinaire qui semblait vouée à une impitoyable destruction: une vingtaine d'années d'échanges entre deux Françaises, l'une habitant en région parisienne, l'autre fortement impliquée dans l'humanitaire en Inde.


Que dire? C'est passionnant! Ça m'apprend plein de choses sur une activité humaine -et non des moindres!- en train de se faire, année après année, mois après mois, semaine après semaine... Des mois de lecture et de recontextualisation en perspective. J'adore!

Je me pose néanmoins une question: comment est-il possible de jeter de tels joyaux, ultimes témoins d'une vie assurément hors du commun ? Et cela, alors même que cet art si délicat et si précieux de l'échange épistolaire s'est totalement délité sous nos yeux, au moins depuis le début du XXIe siècle et le triomphe des messageries électroniques...

vendredi 19 avril 2019

L'architecture, c'est ce qui fait les belles ruines

Ci-gît Europe 1, rue François-Ier.

Photo de Thierry Lefebvre
L'ancien siège d'Europe 1.
Photo : Thierry Lefebvre (14 avril 2019).
On y entrait par la grande porte à droite: elle était vitrée et s'ouvrait sur un grand hall au plafond tapissé de miroirs.

Intermittents - 2003 - Thierry Lefebvre
Les intermittents en lutte rendent visite à Europe 1.
Photo : Thierry Lefebvre (6 juin 2003).

mercredi 17 avril 2019

Il y a quarante ans : Radio Riposte

Le 18 octobre 2018, deux jours après les perquisitions qui défrayèrent la chronique, Jean-Luc Mélenchon évoquait Radio Riposte dans un de ses tweets, illustré par une archive de l'Institut national de l'audiovisuel:

Mais de quoi s'agissait-il vraiment ? Que s'était-il dit durant cette émission vieille de près de quarante ans et pourquoi la police judiciaire était-elle intervenue sur ordre du procureur de la République ?

Une partie des réponses dans :
 François Mitterrand pirate des ondes. L'affaire Radio Riposte (Paris, Le Square Éditeur, 2019).

L'affaire Radio Riposte - Thierry Lefebvre
Thierry Lefebvre, François Mitterrand pirate des ondes.
L'affaire Radio Riposte
(2019).
On peut se procurer l'ouvrage chez l'éditeur ou le commander en librairie ou en ligne.
Par exemple ICI.

mardi 16 avril 2019

Bibi s'en va

Les Fraises sauvages (1957) est, de mon point de vue, une œuvre capitale de l'art cinématographique, une rencontre inoubliable entre deux artistes de génie: Ingmar Bergman (1918-2007), alors au faîte de sa créativité, et l'immense Victor Sjöström (1879-1960), réalisateur des Proscrits (1918) et du Vent (1928). Et entre ces deux géants, l'indicible grâce d'une toute jeune actrice: Bibi Andersson (1935-2019).

Les Fraises sauvages
Bibi Andersson et Victor Sjöström
dans Les Fraises sauvages.

Bibi est partie à son tour.
À l'instar de Gérard de Nerval, Sjöström aurait pu dire d'elle : "je craignais de troubler le miroir magique qui me renvoyait son image".

vendredi 12 avril 2019

François Mitterrand pirate des ondes : le livre !

Parution à la fin avril 2019 d'un nouvel ouvrage :

Thierry Lefebvre, François Mitterrand pirate des ondes. L'affaire Radio Riposte (Paris, Le Square Éditeur, 2019).

L'affaire Radio Riposte - Thierry Lefebvre - Le Square Éditeur
Thierry Lefebvre, François Mitterrand pirate des ondes.
L'affaire Radio Riposte.
Le 28 juin 1979, il y a donc bientôt quarante ans (!), la Fédération de Paris du Parti socialiste diffusait sur les ondes un programme radiophonique dont un des intervenants n'était autre que François Mitterrand.
Radio Riposte - c'était son nom - émettait sur la bande FM, commettant ainsi une infraction au monopole d'État de la radiodiffusion en vigueur depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'émission fut brouillée, la police intervint en flagrant-délit, mais le matériel ne put être saisi.
Les retombées furent considérables: deux mois plus tard, François Mitterrand, Laurent Fabius et quelques autres étaient inculpés.

Cet ouvrage évoque les protagonistes, les tenants et aboutissants, mais également les conséquences de ce programme qui préluda à la libération des ondes dans les années 80. Il en restitue pour la première fois l'intégralité des propos, grâce à la bande originale retrouvée dans des conditions évoquées dans le livre.

Quatre décennies se sont écoulées, mais l'univers de nos médias contemporains porte encore la trace de cette émission historique...

Bon anniversaire, Radio Riposte !

Publié par Le Square Éditeur, avec le soutien de l'Institut national de l'audiovisuel et l'Institut François-Mitterrand.
Premières informations : ICI.

On peut se le procurer préférentiellement sur le site de l'éditeur ou le commander en librairie ou sur les sites en ligne.

jeudi 4 avril 2019

De Port-Royal à Saint-Vincent-de-Paul

Conférence illustrée ce matin sur le thème "Science et cinéma", dans le cadre des ateliers préparatoires du Mois du film documentaire (ce sera, en novembre prochain, la vingtième édition de ces rencontres un peu partout en France). On en reparlera sans doute cet automne.

Ces ateliers se déroulaient aux Grands Voisins, qui occupent pour le moment une partie des anciens locaux de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Dire que j'ai fréquenté ponctuellement ce lieu de soins dans ma précédente vie! Comme le temps passe!

Mois du doc
La Lingerie de l'ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul,
transformée en salle de projection.
Photo : Thierry Lefebvre.
En arrivant à la station Port-Royal, je me suis recueilli quelques instants devant la plaque en hommage aux victimes de l'attentat du 3 décembre 1996. Je ne peux passer en cet endroit sans ressentir une certaine émotion. Ce mardi-là, j'avais emprunté, comme beaucoup d'autres, le RER B, pour me rendre à Clamart où j'exerçais alors.
Une pensée pour les victimes et honte éternelle aux assassins anonymes!

De retour, je viens tout juste de signer le bon à tirer d'un nouvel ouvrage. La photographie de couverture est très évocatrice. On en reparle dans deux semaines.

mercredi 27 mars 2019

La Revue du praticien

Vient de paraître dans La Revue du praticien (vol. 69, n° 3, mars 2019, p. 344-346) un nouvel article ainsi référencé:
Thierry Lefebvre, "Si loin, si proches: la Société d'histoire de la pharmacie et la Société française d'histoire de la médecine", en partie inspiré de mon récent ouvrage Une société savante et son bulletin à la veille de la Première Guerre mondiale. Il m'avait été commandé par le Pr Jean Deleuze, pilier de cette revue médicale de référence.

Par une curieuse coïncidence, ce nouveau texte est le neuf-centième (en ne tenant pas compte des ouvrages) de ma destinée d'absurde scribouillard.
Il s'agit par ailleurs de mon vingt-et-unième article publié dans cette revue depuis 1996, date à laquelle débuta ma collaboration.

Je retrouve les titres des vingt premiers:
"Les début du cinéma médical" (1996), "Images de la trépanation" (1997), "Louis-Ferdinand Céline et la mission Rockefeller" (1997), "Cinématophtalmie et salles obscures" (1997), "Radio-cinématographie et péristaltisme digestif" (1998), "Une patiente célèbre: Marie Duplessis, la Dame aux camélias" (1998), "L'anatomie topographique du docteur Doyen" (1998), "Le médecin des ondes" (2000), "La longue marche d'Étienne-Jules Marey" (2002), "Aspects négligés de l'iconographie antialcoolique: plaques de verre et films fixes" (2002), "Jean Comandon et les débuts de la microcinématographie" (2003), "Le cinéma contre la syphilis" (2004), "La séparation de Doodica et Radica" (2005), "Le village sanatorial du plateau d'Assy" (2006), "L'âge d'or de la radiesthésie médicale" (2006), "Le solarium tournant d'Aix-les-Bains" (2006, avec Cécile Raynal), "Le mystère Tho-Radia" (2007, avec Cécile Raynal), "L'aventure du Médicophone" (2007), "Les débuts cinématographiques du docteur Doyen" (2013), "Au temps des voyages d'études médicales" (2014).

Si je me souviens bien, ce fut l'excellent Dr Christian Régnier, médecin-directeur du Service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé des étudiants de Sorbonne Université, qui me mit en contact avec cette revue il y a donc près de vingt-cinq ans.

lundi 25 mars 2019

Du relief et de l'expérimentation !

Long voyage d'étude la semaine dernière... et des découvertes à foison.
C'est fou ce que ce monde devient passionnant lorsqu'on se détourne un peu du quotidien et que l'on sollicite les "fibres encore vierges de nos sens" (j'adore cette formule de Stevenson!).
Le remâchage, l'emploi (au sens théâtral du terme) et la posture engendrent la monotonie.

Parmi les nombreuses rencontres inopinées de cette seconde quinzaine de mars, quelques-unes eurent trait au relief, une question qui m'intéresse depuis fort longtemps comme en témoigne cette publication... ancestrale.

Thierry Lefebvre, Philippe-Alain Michaud

Il y eut tout d'abord un clip en réalité virtuelle de Lefdup & Lefdup - extrait de Home of the P@ge reboot (projet en cours, me confirme Jérôme Lefdup) - que j'ai pu voir et revoir avec un très très grand plaisir sous Oculus, dans le cadre du festival international d'arts numériques "Videoformes" de Clermont-Ferrand.


Revolution (2018) - c'est le titre du clip - est une nouvelle version d'une chanson scandée par l'écrivain Norman Spinrad. Enregistrée en 1998, l'image est désormais multiprojetée dans une sorte d'engin spatial virtuel transformé en espace d'exposition steampunk. Le résultat est tout à fait stupéfiant.
"The Web is the Revolution, download the Revolution, store the Revolution, backup the Revolution" (dixit Norman Spinrad).

On peut citer aussi l'immersif Planet ∞ (2017) de Momoko Seto (pour rappel, j'avais interviewé cette artiste en 2012 dans le cadre d'une journée à la BnF). Ainsi que l'installation Serial Portraits Croisés de la sympathique Sigrid Coggins, qui nous donne à voir et à dessiner son propre avatar.

Dispositif pour "Serial Portraits Croisés"
Le dispositif de Sigrid Coggins.
Dessiner un avatar sans voir la feuille: pas facile!
Photo : Thierry Lefebvre.
Une semaine plus tard, c'était l'inauguration du festival "Super Flux" au musée des Beaux-Arts de Tours.


Flavien Théry y présentait Inverted Relief, un tapis fabriqué à Aubusson et représentant une image 3D (en anaglyphes!) de la surface de Mars. Le musicien Thomas Poli accompagnait ce voyage en surchaussures à l'aide de séquences de son album Candor Chasma (Un je-ne-sais-quoi, 2018), improvisées sur synthétiseurs analogiques Verbos.

Thomas Poli (au premier plan) accompagne Inverted Relief.
Flavien Théry (au fond en chemise noire) filme la performance.
Photo : Thierry Lefebvre.
Un extrait de l'excellent Candor Chasma de Thomas Poli (à voir avec des lunettes anaglyphiques!).


So long earth (Th. Poli, à retrouver sur le label tourangeau Un je-ne-sais-quoi).

Merci à toutes et tous pour ces expériences et ces échanges...

samedi 16 mars 2019

Balayer devant sa porte pour le climat

Marcher pour le climat. En voilà une idée qu'elle est bonne, comme disait le regretté Coluche. Ça ne mange pas de pain et ça ne remet guère en cause la Société du Spectacle, bien au contraire. Et ça autorise les pseudo écolos, muets comme des carpes quand il s'agit de défendre le principe d'une taxe carbone forcément injuste, de se dresser sur leurs ergots et de prendre les postures "yakafokon" qu'ils affectionnent par-dessus tout.
La posture, ce premier symptôme de l'imposture.

Me rendant à Paris en transports en commun, je me trouvais hier à proximité de trois jeunes lycéens qui allaient de conserve à cette fameuse marche dont Le Monde et les médias bien pensants nous rabattent les oreilles.
Ils étaient d'ailleurs d'apparence très sympathique, ces deux filles et ce garçon qu'on aurait qualifiés, à une époque ancienne, de "bcbg"! L'une des deux filles avait tatoué sur ses joues nos trois couleurs nationales, témoignant de la sorte de sa dernière mobilisation d'envergure.
À l'instar de nombre de leurs aînés présents dans le wagon, tous trois étaient penchés sur leur smartphone, se montrant régulièrement des choses sans doute amusantes qu'ils téléchargeaient sur leurs écrans. Un haut-parleur distillait des chansons anglo-saxonnes. Ils étaient habillés de la tête aux pieds de "made in China" et évoquaient, entre autres choses, leurs prochaines vacances d'été (l'une irait en Australie, si j'ai bien compris).

Sans s'en rendre compte, ils incarnaient à merveille ce contre quoi ils se "mobilisaient" (pour reprendre la terminologie des médias): le transport aérien, le fret maritime, et le numérique qui intermédie tout, surtout le superfétatoire.
Une économie numérique qui représente d'ores et déjà plus de 7% de l'énergie mondiale dépensée - un peu plus que le trafic aérien - et qui double sa consommation tous les quatre ans à ce que disent les experts. C'est dire si on n'est pas sortis de l'auberge! En fait, nous sommes tous coupables (moi y compris) de l'effroyable bourbier dont nous ne sortirons de toute façon jamais, quand bien même une dictature nous priverait du superflu, puis du nécessaire.

Plutôt que de marcher en rond et d'exiger des décisions (sans d'ailleurs nommer les plus difficiles) que d'autres et peut-être nous-mêmes n'accepteront jamais, balayons devant notre porte car nos détritus s'y accumulent!

mercredi 13 mars 2019

Aux sympathiques forçats de la route

J'ai toujours admiré les champions cyclistes. Cela tient certainement au fait que mes parents m'avaient emmené à la Cipale quand j'étais petit. Depuis, je n'ai jamais raté une occasion de les croiser, comme ce fut encore le cas dimanche dernier.
J'apprécie beaucoup le courage et la modestie de ces jeunes gens. Et puis, la bicyclette est une si belle invention! Deux siècles déjà et toujours irremplaçable! Que le monde serait bien plus beau si on s'était contenté de la perfectionner...

Ici, le coureur danois Magnus Cort Nielsen, tout sourire. J'apprends avec joie qu'il vient de gagner aujourd'hui la quatrième étape de Paris-Nice, à Pélussin dans la Loire...
Bravo champion! On a besoin de gens comme toi en ces temps grincheux!

Photographié par Thierry Lefebvre
Magnus Cort Nielsen, le 10 mars 2019
à Saint-Germain-en-Laye.
Photo: Thierry Lefebvre.

lundi 4 mars 2019

Les Pilules Orientales dans "Le Figaro"

Merci à Cécile Thibert qui a publié aujourd'hui, dans Le Figaro (section "Le plaisir des livres"), une belle analyse de L'Épopée des Pilules Orientales.
La référence de l'article est la suivante: C. Thibert, "Elles croyaient aux Pilules Orientales pour une poitrine idéale", Le Figaro, lundi 4 mars 2019, p. 14.
Le livre est toujours disponible chez Le Square Éditeur à l'adresse suivante: https://lesquare-editeur.fr/page-collection/ouvrage-pilules-orientales(Lefebvre.Raynal).html.

Je suis par ailleurs en train de corriger les épreuves d'un nouvel ouvrage à paraître. J'adore cet exercice de méticulosité, même si j'en ressors le plus souvent avec une certaine raideur de la nuque et une jolie migraine.

vendredi 1 mars 2019

In memoriam Allakariallak : souvenirs

Une collègue que je ne connaissais pas jusqu'alors m'a récemment contacté pour me questionner sur un de mes anciens textes, qu'elle qualifie de "magistral". Sur le moment, je me suis demandé s'il n'y avait pas erreur sur la personne, tant je ne me reconnais absolument pas dans ce qualificatif.
J'ai néanmoins relu le texte en question. Il date d'une vingtaine d'années, mais sa mise en ligne depuis peu m'a évité de remuer de la poussière. En voici la référence et le lien: Thierry Lefebvre, "In memoriam Allakariallak. À propos de Nanook", 1895, revue d'histoire du cinéma, n°30, 2000, p. 66-97.

Assurément, je ne l'écrirais plus de la même façon, je n'emploierais pas forcément les mêmes mots, j'y serais sans doute moins péremptoire (ah! jeunesse fougueuse!). Mais j'ai quand même relu ce texte avec plaisir et non sans un certain amusement. Comme on feuilletterait d'anciennes photos de famille en souriant de ses poses...
Au-delà du texte en lui-même, dont chacun peut penser ce qu'il veut, ce sont les circonstances de sa fabrication qui me sont progressivement revenues à la mémoire. Car chaque recherche est une petite aventure en soi. Et les multiplier, c'est remplir sa mémoire d'un océan d'anecdotes.

Comme souvent à l'époque, mon camarade Philippe-Alain Michaud, aujourd'hui conservateur chargé de la collection film du Musée national d'art moderne et à l'époque responsable de la programmation cinéma de l'Auditorium du Louvre, avait fait appel à mes "lumières" pour saupoudrer d'incongruité un cycle en préparation.
Le titre en était: "Trompe-l'œil. L'espace illusionniste au cinéma" (25 septembre-28 octobre 1999). J'ai d'ailleurs retrouvé dans un ancien agenda quelques dates de rendez-vous dans les bureaux de l'Auditorium: le 9 février et le 30 mars 1999, en particulier.

L'espace illusionniste au cinéma
Trompe-l'œil. L'espace illusionniste au cinéma
(Auditorium du Louvre, 1999).
Le sujet m'entraînait a priori vers des territoires cinématographiques qui m'étaient familiers (Méliès, de Chomón, etc., je note d'ailleurs certains de ces films dans la programmation); mais je proposais paradoxalement une séance sur le Nanook de Robert Flaherty. Intégrer ce film emblématique du cinéma documentaire dans un cycle consacré au "trompe-l'œil", c'était bien là une idée farfelue... mais Philippe-Alain, toujours curieux et bienveillant, céda à mon caprice.
De là, une recherche tous azimuts qui me mena jusque dans les archives de Revillon frères, où je fus d'ailleurs accueilli de manière très sympathique. J'y entrevis de précieux albums photographiques. Mais n'étant pas du genre "curator", je les laissais à d'autres qui les ont redécouverts depuis.

Présentation de la séance Nanook.
Mon rattachement principal pour la recherche était alors à l'Université Paris  I (Isor).
La présentation eut lieu le lundi 25 octobre 1999 dans un Auditorium du Louvre bien rempli (comme souvent). Et le texte parut quelques mois plus tard dans la revue d'histoire du cinéma dont j'étais alors "secrétaire de rédaction".

Pour l'illustrer, j'avais utilisé quelques images tirés d'un film fixe Pathéorama trouvé quelques années plus tôt dans une brocante de banlieue. Stéphane Dabrowski, toujours aussi serviable, en tira quelques photogrammes.
Je retrouve cette précieuse petite boîte vingt ans après...

Nanouk l'Esquimau (Pathéorama, n° 169).
Et c'est ainsi que le hasard décide souvent pour nous de nos prétendus "choix".

jeudi 28 février 2019

Les Pilules Orientales dans "Pour la Science"

Les Pilules Orientales sont au sommaire du numéro de mars 2019 du magazine Pour la Science (n°497).

Pour la Science, mars 2019.
Le titre de ce texte, co-écrit avec Cécile Raynal, est : "Pilules Orientales pour poitrine idéale" (p. 72-77).
C'est notre quatrième texte de commande pour cette belle revue, après "L'âge d'or des rayons de santé" (Pour la Science, n° 395, septembre 2010), "Les dessous de la gamme cosmétique Tho-Radia" (Pour la Science, n° 434, décembre 2013) et "Cannabis thérapeutique: le retour en grâce" (Pour la Science, n° 465, juillet 2016).

Dans le même temps, l'ouvrage princeps - L'Épopée des Pilules Orientalesparu il y a quelques semaines chez Le Square Éditeur - poursuit son petit bonhomme de chemin...

L'Épopée des Pilules Orientales (Le Square Éditeur, 2018).
Deux autres surprises à paraître dans quelques semaines...

dimanche 17 février 2019

En passant par les grottes de Cornadore

Par bonheur, le magnifique printemps précoce qui est le nôtre cette année, a débuté alors que j'effectuais une manière de voyage d'étude dans le Massif Central (à Clermont-Ferrand, Royat, Saint-Nectaire et Vichy en particulier), pour y préparer une série d'événements dont je reparlerai au cours du second semestre 2019.
Dans l'ensemble, on méconnaît trop cette superbe région, si riche en locus historiques. Quelle joie, par exemple, de se replonger dans les petites grottes du Cornadore, connues depuis l'Antiquité romaine et exploitées comme attraction touristique depuis près de deux siècles.

Photo : T. Lefebvre.

On y entre par une porte jadis contiguë à l'hôtel du Mont-Cornadore. Ce bâtiment majestueux a malheureusement disparu, il n'en reste plus que des bains menaçant ruine.

Photo : T. Lefebvre.

Mais les petites grottes demeurent, chargées d'eau aux vertus ancestrales et douée de propriétés "pétrifiantes". Leur modestie même en constitue tout l'attrait.

Photo : T. Lefebvre.

On en reparlera...

samedi 16 février 2019

En écoutant la voix de Fromanger

Quel plaisir d'écouter Gérard Fromanger dans le cadre de l'émission "À voix nue" de France Culture! Ayant longuement rencontré ce peintre exemplaire dans son bel atelier du quartier de la Bastille, il y a une dizaine d'années, j'ai retrouvé l'homme avec lequel j'avais eu tant de plaisir à converser: à la fois modeste, passionné et toujours curieux des choses.

Au terme de notre entretien, il m'avait fait l'honneur d'une superbe dédicace très personnelle, une sorte de fresque dont je n'extrais ici qu'un infime détail coloré.

G. Fromanger. Dédicace à TL (2 février 2009). 
Détail.

Dans le cinquième et dernier épisode des entretiens menés de main de maître par Claire Mayot, Fromanger explique que cette pratique lui est venue de l'observation d'un de ses maîtres: Jacques Prévert.

Longue vie à cet amoureux du monde étrusque!

mercredi 6 février 2019

Gardez, belle nature

Me promenant, pour les besoins d'un ouvrage en préparation, dans un certain nombre de gravures de la fin du XVIe siècle, il m'arrive de regretter le cadre de vie mental de nos lointains ancêtres (en tout cas, de ceux que je me suis choisis!), jadis épris de "paysages" et d'Antiquité.

Joris Hoefnagel, 1581.

À l'instar de Julien Gracq (voir ses Carnets du grand chemin), "[...] j'aurais aimé faire la route d'un de ces peintres hollandais ou allemands qui descendaient enivrés vers l'Italie, coiffés d'un bonnet à glands, la soubreveste ouverte sur une de ces chemises à échelle de rubans qu'on voit aux autoportraits de Dürer!"
Et Gracq d'ajouter: "Il nous semble à distance que la laideur n'avait pas de place dans cette époque [...]".

Même s'il ne s'agissait probablement que de "vues de l'esprit" (comme nous le rappelle par ailleurs si magnifiquement Cervantes), quel contraste avec notre époque de défiguration permanente, où même les plus beaux "points de vue" ont un arrière-goût de levure publicitaire et d'anhydride carbonique!

Bon, cela dit, tout reste possible avec le cerveau qui nous a été consigné. Il suffit de le discipliner et de ne point trop se laisser distraire. On s'y applique.

samedi 26 janvier 2019

Triste nouvelle

Pour un enseignant, quel que soit le sens que l'on donne à cette fonction, rien n'est plus terrible que d'apprendre le décès, forcément prématuré, d'un ancien étudiant.
C'est le cas malheureusement de Frédéric Lemonde, né en 1974, qui fréquenta en 1998-1999 le DESS Cistem (Communication et information scientifiques, techniques et médicales) de l'Université Paris Diderot, un an après mon arrivée quelque peu inopinée, en même temps que mon camarade Baudouin Jurdant, dans cette petite formation sympathique.


Je me souviens comme si c'était hier de son regard espiègle, de son enthousiasme et de sa détermination à devenir journaliste. Du petit sourire -parfois gentiment sarcastique- qui éclairait son visage attentif. Titulaire d'une maîtrise de biologie cellulaire et physiologie (mention nutrition), il avait choisi de bifurquer comme bon nombre d'étudiants en sciences l'ont fait avant et après lui.
La grande presse l'attirait. Il y fit ses premières armes, mais sans doute s'y heurta-t-il aux préjugés qui font que les écoles de journalisme -"reconnues par la profession"- sont des modèles de reproduction endogamique, et souvent des obstacles quasi insurmontables à une réelle diversité de parcours et de points de vue.
Il poursuivit sa carrière chez Sanofi, j'en eus des échos réguliers, devint même conseiller de Christopher Viehbacher (alors DG de cette entreprise), avant de s'occuper des relations presse de BNP Paribas Real Estate.
La vie est rarement telle qu'on la rêve à 20 ans: s'il y a une seule chose irréfutable, c'est bien celle-là. Il faut s'y préparer tôt et tenter, vaille que vaille, de maintenir le cap.


En tout cas, aujourd'hui, j'ai une pensée émue pour lui et les siens.
Et j'associe à ce souvenir qui désormais m'accompagnera, Stéphanie Phlippoteau, morte si tragiquement il y a une quinzaine d'années et dont je me remémore régulièrement la passion immodérée pour Molière.

jeudi 24 janvier 2019

De l'utilité du plumeau...

De temps en temps, il faut passer le plumeau dans les étagères. Sinon, elles s'empoussièrent.
Et voilà ce que ça donne: vingt-cinq ans de besogne quelque peu nonsensique, à l'image de l'existence et du monde dans lequel nous vivons...



À quoi ça sert tout ça?
Sans doute à pas grand-chose, sinon à échapper à la fatalité du temps qui passe ("puis des années s'écoulèrent, toutes pareilles et sans autres épisodes que le retour des grandes fêtes") et plus encore -sans doute- aux servitudes.
Car, comme l'écrivait avec une rudesse excessive Flaubert, "les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit". Il n'avait pas fondamentalement tort, quand on y réfléchit bien.

mercredi 16 janvier 2019

François Mitterrand : "Demain"

J'ai le souvenir qu'il faisait vraiment très froid le mercredi 16 janvier 1985. Le site rétrospectif Météo Passion me le confirme d'ailleurs: - 10°C au plus "chaud" de la journée à Paris. L'hiver 1984-1985 fut assurément un des plus sévères des années 80.

Ce soir-là, ma station de radio m'avait confié la responsabilité d'assurer un duplex depuis les locaux du Matin de Paris. Je me rendis donc, une valise à la main, au 21 rue Hérold où se trouvait le siège du quotidien.
Sitôt arrivé, je m'installais dans la salle de conférence de rédaction et déballais mon matériel. La valise contenait une petite table de mixage. Il suffisait de la raccorder à une prise téléphonique, de composer le numéro de la station, de brancher un ou deux micros et de procéder à quelques tests. Hop! le tour était joué, le studio volant était opérationnel.

À l'approche de 20h, le comité de rédaction fit son entrée dans un grand brouhaha. Je crois me souvenir qu'il y avait là en particulier Claude Perdriel, le fondateur et rédacteur en chef, et au moins quatre ou cinq de ses collègues. Un poste de télévision, branché sur Antenne 2, avait été installé dans un coin de la pièce et toutes les chaises étaient tournées dans sa direction.

À 20h15, le visage de François Mitterrand apparut sur le petit écran. Le président de la République se trouvait à l'Élysée, dans une belle bibliothèque agrémentée d'un drapeau tricolore. En face de lui, un quatuor de journalistes: Paul Amar, Albert Du Roy, Philippe Gallard et Christine Ockrent.
L'interview débuta.
Le premier thème abordé fut bien entendu la Nouvelle-Calédonie, alors à feu et à sang (morts d'Yves Tual le 11 janvier et d'Éloi Machoro le 12 janvier).
L'entretien prit soudain un tour surprenant.

Christine Okrent: "Est-ce que vous iriez jusqu'à aller en Nouvelle-Calédonie?"
Albert Du Roy: "Vous êtes allé au Liban..."
François Mitterrand: "Mais oui Madame, j'irai en Nouvelle-Calédonie."
Albert Du Roy: "Quand?"
Christine Ockrent: "Peut-on savoir quand?"
François Mitterrand : "Demain."
Albert Du Roy: "Vous partez demain?"
François Mitterrand: "Demain."
Christine Ockrent: "Demain jeudi?"
François Mitterrand: "Demain jeudi."

On retrouvera le passage en question dans ce document de l'Institut national de l'audiovisuel.


J'ai le souvenir d'une véritable explosion dans la salle de rédaction. Le coup de théâtre avait été tel que toutes les personnes présentes s'étaient levées comme un seul homme. Moi-même, qui ne possédais pas de télévision à l'époque (pas plus que maintenant d'ailleurs), j'avais été "scié".

Aussitôt, la machine éditoriale se mit en branle. D'emblée, le titre de la une du lendemain s'était imposé à tous: "DEMAIN", en grosses lettres capitales (j'espère qu'il ne s'agit pas d'un faux souvenir, car je ne retrouve plus l'exemplaire en question!).
En tout cas, ce soir-là, je suivais pour la première fois le processus de fabrication d'un quotidien. Ce fut une expérience passionnante.
Et lorsque je sortis du Matin de Paris, au plus profond de la nuit, il faisait toujours aussi froid...

lundi 14 janvier 2019

Pilules Orientales et P'tits bateaux

"Pourquoi les films sortent-ils le mercredi?": c'est en gros la question que m'avaient posée les jeunes Boris et Simon.
Question beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît...
J'ai tenté d'y répondre dans les "P'tits bateaux" ce dimanche 13 janvier 2019. On peut réécouter l'émission de France Inter .
Lire également cela sur le site de France Inter. (Même si je ne suis pas professeur des universités -fort heureusement!- et encore moins en cinéma. Mais après tout, qu'importe l'étiquette en ces jours de soldes.)

J'en profite pour signaler que L'Épopée des Pilules Orientales sera disponible sur les différentes plateformes le 26 janvier 2019.
Je ne saurais trop recommander aux personnes possiblement intéressées de se le procurer via le site du Square, car il est toujours bon de soutenir les petits éditeurs en ces temps de têtes (à claques) de gondole.
C'est donc ici: https://lesquare-editeur.fr/page-collection/ouvrage-pilules-orientales(Lefebvre.Raynal).html

Résumé de la 4e de couverture:
« Les amateurs de publicités anciennes ont forcément croisé les belles égéries au décolleté avantageux des Pilules Orientales. Les slogans tapageurs qui les accompagnaient, promettaient aux utilisatrices la "splendeur du buste" et la "luxuriance des seins". Mais qui imagina ce remède ? Qui le commercialisa ? Et qui en assura la promotion ? Si le pharmacien Jules Ratié n’en fut pas l’inventeur, il en fut assurément le propagateur avec la complicité de son ami publicitaire Jules Fortin. Tous deux élevèrent ces pilules de beauté au rang de "blockbuster". C’est l’histoire de ce commerce à la frontière de la spécialité pharmaceutique, que conte cet ouvrage. Il est également l’occasion de rappeler l’évolution de la législation du médicament, qui favorisa puis mit un terme à l’aventure des Pilules Orientales. »



dimanche 6 janvier 2019

Ouvrage sur l'histoire culturelle

Dans quelques jours doit sortir l'ouvrage de synthèse suivant:
Philippe Poirrier (dir.), Culture, médias, pouvoirs aux États-Unis et en Europe occidentale de 1945 à 1991. Textes et documents, Dijon, Presses Universitaires de Dijon [coll. "U21"], 2019.


J'y ai commis un chapitre au titre qui ne surprendra guère: "Des radios libres aux radios locales privées".
Je viens par ailleurs de terminer la relecture du manuscrit d'un nouvel ouvrage sur un thème proche. Tout roule.

samedi 5 janvier 2019

Souvenir : Nicole comment ?

C'était en 2002. Je me trouvais dans un bureau du deuxième étage du siège de la région île-de-France, qui se trouvait à l'époque au 57 rue de Babylone. Je m'y étais rendu pour rencontrer un conseiller régional et l'interroger sur des événements passés.
La conversation battait son plein, lorsque soudain une femme d'une cinquantaine d'années passa par l'entrebâillement de la porte.
Mon vis-à-vis, sans doute à court d'explications, l'interpela familièrement: "Et toi Nicole, tu t'en souviens?".

Oui, elle s'en souvenait un peu et me donna quelques éléments précieux. Je l'observais: son visage me disait vaguement quelque chose, mais je ne savais pas vraiment à qui j'avais affaire. Situation banale mais toujours handicapante, qui montre à quel point nous sommes dépendants des informations qui nous permettent de contextualiser nos rencontres.
À la fin de cet échange, je lui demandais son nom:
- Nicole comment?
- Bricq. B.R.I.C.Q.
Ce fut ma première rencontre avec celle qui devait devenir, bien plus tard, ministre du Commerce extérieur. Je devais la revoir d'une façon tout aussi éphémère sous les lambris du Sénat, quelques semaines avant sa mort. Une femme pugnace, assurément.

Une simple minicassette m'a récemment permis de faire cette redécouverte. Combien de rencontres de ce type nous échappent, faute d'en fixer la trace!

jeudi 27 décembre 2018

Haute tour

Les fêtes, dont je redoute chaque année l'agitation factice et les "mauvaises irrésolutions" (je suis loin d'être le seul dans ce cas!), sont particulièrement propices à la besogne rédactionnelle et aux (re)lectures stimulantes: actuellement Flaubert, Poe et l'irremplaçable Rimbaud (car enfin, pourquoi gâcher systématiquement la fin d'un millésime par des agapes et sauteries d'un autre âge? pourquoi cette fatalité?).

Arbre à perruches (décoré pour Noël).
Photo : Thierry Lefebvre.

J'en profite donc également pour terminer, dans le délai que je m'étais assigné, un nouvel ouvrage qui aura cette fois pour sujet les radios libres. Cela faisait bientôt sept ans que je ne m'y étais pas collé. C'est désormais fait. On en reparlera dans quelques mois.

Et en ces jours de servitude volontaire, me reviennent ces vers de Rimbaud que je remâche depuis quatre décennies et dont le sens me paraît tellement éloigné des explications psychanalytiques qu'y voient certains:
"Oisive jeunesse
À tout asservie, 
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie."

mardi 18 décembre 2018

L'épopée des Pilules Orientales

Avec Cécile Raynal, nous poursuivons notre exploration des pratiques de soin de la première moitié du XXe siècle. Après nos précédents ouvrages sur les solariums tournants du Dr Jean Saidman et la crème Tho-Radia, voici un nouveau livre consacré, cette fois-ci, aux Pilules Orientales. Cette spécialité, mi-médicament, mi-produit de beauté, fut un véritable blockbuster durant cette longue période de transition qui nous vit glisser de l'univers quelque peu débridé de la fin du XIXe siècle aux cadres beaucoup plus normatifs du début du XXIe siècle.

Les Pilules Orientales étaient censées garantir à leurs utilisatrices la "splendeur du buste" et la "luxuriance des seins". De belles égéries publicitaires au décolleté avantageux en véhiculaient régulièrement les mérites dans la presse.


Nous brossons ainsi, par petites touches successives et parfois pittoresques, le tableau d'une époque révolue. Les faits relatés dans ces trois ouvrages complémentaires ont en tout cas le mérite d'être inédits. Ils ne sont pas le fruit de compilations, mais résultent de recherches menées sur des documents jusqu'alors inexploités.

Bonne lecture et merci au courageux Square Éditeur pour cette nouvelle expérience éditoriale ! L'ouvrage est d'ores et déjà disponible à l'adresse suivante: https://lesquare-editeur.fr/page-collection/ouvrage-pilules-orientales(Lefebvre.Raynal).html

Cécile Raynal, Thierry Lefebvre, L'épopée des Pilules Orientales, Paris, Le Square Éditeur, 96 pages, 12 euros.

À lire ou relire également :


Et chez le même éditeur : Thierry Lefebvre, Cécile Raynal, Du thermalisme à la médecine thermale. Aux sources du vrai "made in France", Paris, Le Square Éditeur, 2015, 160 p., 15 euros.

dimanche 16 décembre 2018

Une conférence sur le web

Le vendredi 5 octobre 2018, avec Laurent Mannoni, nous avions accueilli à la Cinémathèque française Alain Berthoz, professeur honoraire au Collège de France. De l'avis de tous, ce fut une belle séance.
Elle fut captée et on peut la retrouver ici: http://www.cinematheque.fr/video/1341.html

Alain Berthoz face au public.
Photo : Thierry Lefebvre.

vendredi 23 novembre 2018

Images retrouvées de Raïssa Bloch

Comme le rappelle Agnès Graceffa dans son très beau Une femme face à l'Histoire (Belin, 2017), Raïssa Noévna Bloch naquit le 30 septembre 1898 à Saint-Pétersbourg, dans une famille juive, aisée et libérale. Licenciée en histoire de l'université de Saint-Pétersbourg, maîtrisant plusieurs langues (russe, français, anglais, allemand, italien, latin), cette chercheuse née préparait une thèse sous la direction de la médiéviste Olga Dobiache-Rojdestvenskaïa lorsqu'elle fut arrêtée, le 22 septembre 1921, pour une raison inexpliquée par la police bolchévique. Deux mois passés dans les geôles du régime la convainquirent de se réfugier en Allemagne en octobre 1922.

Assistante de recherche au Monumenta Germaniæ Historica (institut chargé de l'édition de textes médiévaux), elle participa aux activités de la librairie et maison d'édition Petropolis, fondée par son frère dans la capitale allemande. Auteure de poèmes et de livres pour enfants, elle soutint sa thèse en février 1927. Ce doctorat ne lui permit malheureusement pas de sortir de la précarité, qui était le lot des émigrés russes et plus encore des médiévistes.

Le visage de Raïssa Bloch.

L'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir à la fin janvier 1933 l'obligea à fuir une nouvelle fois en mai, cette fois-ci vers Paris. Parrainée par Ferdinand Lot, elle suivit les séminaires de l'École pratique des hautes études et participa à la préparation du nouveau Dictionnaire de latin médiéval.
Vers la fin 1933, Lot la mit en contact avec Eugène-Humbert Guitard, qui recherchait une assistante polyglotte pour l'assister dans la lourde tâche que représentait alors la rédaction conjointe de la Revue d'histoire de la pharmacie et de son supplément artistique et littéraire Dionysos. Dès la fin janvier 1934, sa collaboration, rémunérée, devint régulière, lui assurant des revenus certes modestes mais renouvelés d'année en année jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Elle épousa son compatriote Michel Gorlin, poète, grand érudit et spécialiste de la slavistique, le 31 octobre 1935. Une fille naquit de leur union le 8 septembre 1936. Elle se prénommait Dora.

La guerre et la débâcle furent fatidiques à ce beau couple de savants. Tous deux se retrouvèrent pratiquement du jour au lendemain sans ressources. Le 14 mai 1941, Michel Gorlin fut arrêté. Envoyé à Auschwitz quatorze mois plus tard, il y mourut.
Réfugiée sous un nom d'emprunt au château de Masgelier (Creuse), un des "homes" d'enfants juifs géré par l'Œuvre de Secours aux Enfants (OSE, dont son frère était un des principaux responsables), Raïssa fut arrêtée par des gardes-frontières suisses le 18 octobre 1943, alors qu'elle venait de convoyer avec succès cinq enfants juifs. Refoulée en France, livrée aux Allemands, elle fut transférée à Drancy puis à Auschwitz. Elle y mourut le 25 novembre 1943. Sa fille Dora était décédée pour sa part du croup quelques mois plus tôt.

Il reste trop peu de choses du passage sur Terre de cette brillante érudite. Quelques écrits, de très rares photos et le monument biographique que lui a dédié Agnès Graceffa.
Aussi, quelle ne fut pas mon émotion lorsque que je l'entrevis dans un film de la Société d'histoire de la pharmacie, que j'ai récemment retrouvé. L'image est de qualité médiocre, l'identification encore hypothétique, mais comme je me suis efforcé de le démontrer dans un article à paraître, elle est plus que vraisemblable. Il s'agirait donc du seul témoignage cinématographique sur cette femme exemplaire.

Deux photogrammes représentant Raïssa Bloch.
La première identification reste hypothétique (mais fort vraisemblable), 
la seconde est certaine.


Référence:
Thierry Lefebvre, "La Société d'histoire de la pharmacie. Un film retrouvé", Revue d'histoire de la pharmacie, n° 400, décembre 2018, p. 519-542.

vendredi 16 novembre 2018

Ils étaient là, ils n'y sont plus

Quand j'étais jeune et que j'écoutais la chanson du groupe québécois Beau Dommage, Un incident à Bois-des-Filion (1975), je m'étonnais naïvement que l'on puisse encore se noyer aussi bêtement que dans le fait-divers qui servait de prétexte à ce petit chef-d'œuvre.


Pourtant, le temps a passé et au moins deux de mes anciens camarades ont disparu de la sorte.

Le premier était Alain Dupuis (alias Nil), avec lequel je fis les quatre cents coups dans une radio parisienne alors bien turbulente. J'ai raconté, il y a quelque temps, une de nos initiatives communes: l'occupation du bureau du président de TéléDiffusion de France en 1986.
Alain devait avoir une quinzaine d'années de plus que moi. Il est mort noyé dans les années 1990. Je ne sais pas ce qu'est devenue sa compagne, que nous surnommions Mitsou. Et je n'arrive plus à retrouver une photographie où on nous voyait tous les deux avec quelques autres.

Le second a joué un très grand rôle dans ma vie. Il s'agissait de Philippe Arnaud, un homme en tout point remarquable, d'une intelligence comme j'en ai rarement rencontrée.

Philippe Arnaud (1951-1996).

À la fin des années 1980, Philippe m'avait demandé de participer aux ouvrages qu'il coordonnait alors pour le compte de la Cinémathèque française.


Nous avions alors d'innombrables conversations dans son petit "bureau" qui jouxtait la bibliothèque commune de la Cinémathèque et de la Fémis, tout en haut du palais de Chaillot (quelle vue nous avions!). Érudition et humour faisaient toujours très bon ménage avec lui.

Par la suite, il joua un grand rôle, avec Dominique Païni, Laurent Mannoni et Adrien Maeght, dans la mise en chantier de mon premier ouvrage (de commande) : Le Guide du musée du cinéma. J'ai retrouvé récemment quelques lettres de lui, avec de judicieux conseils et commentaires.


Philippe est mort noyé, lui aussi. On n'a jamais retrouvé son corps.
En 1996, il y a donc maintenant près d'un quart de siècle, avec Laurent Mannoni, nous lui avions rendu un trop court hommage dans la revue 1895.

Aujourd'hui, il nous reste ses textes et ses ouvrages qu'il m'avait fait l'honneur de me dédicacer. Et de beaux souvenirs.