samedi 26 janvier 2019

Triste nouvelle

Pour un enseignant, quel que soit le sens que l'on donne à cette fonction, rien n'est plus terrible que d'apprendre le décès, forcément prématuré, d'un ancien étudiant.
C'est le cas malheureusement de Frédéric Lemonde, né en 1974, qui fréquenta en 1998-1999 le DESS Cistem (Communication et information scientifiques, techniques et médicales) de l'Université Paris Diderot, un an après mon arrivée quelque peu inopinée, en même temps que mon camarade Baudouin Jurdant, dans cette petite formation sympathique.


Je me souviens comme si c'était hier de son regard espiègle, de son enthousiasme et de sa détermination à devenir journaliste. Du petit sourire -parfois gentiment sarcastique- qui éclairait son visage attentif. Titulaire d'une maîtrise de biologie cellulaire et physiologie (mention nutrition), il avait choisi de bifurquer comme bon nombre d'étudiants en sciences l'ont fait avant et après lui.
La grande presse l'attirait. Il y fit ses premières armes, mais sans doute s'y heurta-t-il aux préjugés qui font que les écoles de journalisme -"reconnues par la profession"- sont des modèles de reproduction endogamique, et souvent des obstacles quasi insurmontables à une réelle diversité de parcours et de points de vue.
Il poursuivit sa carrière chez Sanofi, j'en eus des échos réguliers, devint même conseiller de Christopher Viehbacher (alors DG de cette entreprise), avant de s'occuper des relations presse de BNP Paribas Real Estate.
La vie est rarement telle qu'on la rêve à 20 ans: s'il y a une seule chose irréfutable, c'est bien celle-là. Il faut s'y préparer tôt et tenter, vaille que vaille, de maintenir le cap.


En tout cas, aujourd'hui, j'ai une pensée émue pour lui et les siens.
Et j'associe à ce souvenir qui désormais m'accompagnera, Stéphanie Phlippoteau, morte si tragiquement il y a une quinzaine d'années et dont je me remémore régulièrement la passion immodérée pour Molière.

jeudi 24 janvier 2019

De l'utilité du plumeau...

De temps en temps, il faut passer le plumeau dans les étagères. Sinon, elles s'empoussièrent.
Et voilà ce que ça donne: vingt-cinq ans de besogne quelque peu nonsensique, à l'image de l'existence et du monde dans lequel nous vivons...



À quoi ça sert tout ça?
Sans doute à pas grand-chose, sinon à échapper à la fatalité du temps qui passe ("puis des années s'écoulèrent, toutes pareilles et sans autres épisodes que le retour des grandes fêtes") et plus encore -sans doute- aux servitudes.
Car, comme l'écrivait avec une rudesse excessive Flaubert, "les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit". Il n'avait pas fondamentalement tort, quand on y réfléchit bien.

mercredi 16 janvier 2019

François Mitterrand : "Demain"

J'ai le souvenir qu'il faisait vraiment très froid le mercredi 16 janvier 1985. Le site rétrospectif Météo Passion me le confirme d'ailleurs: - 10°C au plus "chaud" de la journée à Paris. L'hiver 1984-1985 fut assurément un des plus sévères des années 80.

Ce soir-là, ma station de radio m'avait confié la responsabilité d'assurer un duplex depuis les locaux du Matin de Paris. Je me rendis donc, une valise à la main, au 21 rue Hérold où se trouvait le siège du quotidien.
Sitôt arrivé, je m'installais dans la salle de conférence de rédaction et déballais mon matériel. La valise contenait une petite table de mixage. Il suffisait de la raccorder à une prise téléphonique, de composer le numéro de la station, de brancher un ou deux micros et de procéder à quelques tests. Hop! le tour était joué, le studio volant était opérationnel.

À l'approche de 20h, le comité de rédaction fit son entrée dans un grand brouhaha. Je crois me souvenir qu'il y avait là en particulier Claude Perdriel, le fondateur et rédacteur en chef, et au moins quatre ou cinq de ses collègues. Un poste de télévision, branché sur Antenne 2, avait été installé dans un coin de la pièce et toutes les chaises étaient tournées dans sa direction.

À 20h15, le visage de François Mitterrand apparut sur le petit écran. Le président de la République se trouvait à l'Élysée, dans une belle bibliothèque agrémentée d'un drapeau tricolore. En face de lui, un quatuor de journalistes: Paul Amar, Albert Du Roy, Philippe Gallard et Christine Ockrent.
L'interview débuta.
Le premier thème abordé fut bien entendu la Nouvelle-Calédonie, alors à feu et à sang (morts d'Yves Tual le 11 janvier et d'Éloi Machoro le 12 janvier).
L'entretien prit soudain un tour surprenant.

Christine Okrent: "Est-ce que vous iriez jusqu'à aller en Nouvelle-Calédonie?"
Albert Du Roy: "Vous êtes allé au Liban..."
François Mitterrand: "Mais oui Madame, j'irai en Nouvelle-Calédonie."
Albert Du Roy: "Quand?"
Christine Ockrent: "Peut-on savoir quand?"
François Mitterrand : "Demain."
Albert Du Roy: "Vous partez demain?"
François Mitterrand: "Demain."
Christine Ockrent: "Demain jeudi?"
François Mitterrand: "Demain jeudi."

On retrouvera le passage en question dans ce document de l'Institut national de l'audiovisuel.


J'ai le souvenir d'une véritable explosion dans la salle de rédaction. Le coup de théâtre avait été tel que toutes les personnes présentes s'étaient levées comme un seul homme. Moi-même, qui ne possédais pas de télévision à l'époque (pas plus que maintenant d'ailleurs), j'avais été "scié".

Aussitôt, la machine éditoriale se mit en branle. D'emblée, le titre de la une du lendemain s'était imposé à tous: "DEMAIN", en grosses lettres capitales (j'espère qu'il ne s'agit pas d'un faux souvenir, car je ne retrouve plus l'exemplaire en question!).
En tout cas, ce soir-là, je suivais pour la première fois le processus de fabrication d'un quotidien. Ce fut une expérience passionnante.
Et lorsque je sortis du Matin de Paris, au plus profond de la nuit, il faisait toujours aussi froid...

lundi 14 janvier 2019

Pilules Orientales et P'tits bateaux

"Pourquoi les films sortent-ils le mercredi?": c'est en gros la question que m'avaient posée les jeunes Boris et Simon.
Question beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît...
J'ai tenté d'y répondre dans les "P'tits bateaux" ce dimanche 13 janvier 2019. On peut réécouter l'émission de France Inter .
Lire également cela sur le site de France Inter. (Même si je ne suis pas professeur des universités -fort heureusement!- et encore moins en cinéma. Mais après tout, qu'importe l'étiquette en ces jours de soldes.)

J'en profite pour signaler que L'Épopée des Pilules Orientales sera disponible sur les différentes plateformes le 26 janvier 2019.
Je ne saurais trop recommander aux personnes possiblement intéressées de se le procurer via le site du Square, car il est toujours bon de soutenir les petits éditeurs en ces temps de têtes (à claques) de gondole.
C'est donc ici: https://lesquare-editeur.fr/page-collection/ouvrage-pilules-orientales(Lefebvre.Raynal).html

Résumé de la 4e de couverture:
« Les amateurs de publicités anciennes ont forcément croisé les belles égéries au décolleté avantageux des Pilules Orientales. Les slogans tapageurs qui les accompagnaient, promettaient aux utilisatrices la "splendeur du buste" et la "luxuriance des seins". Mais qui imagina ce remède ? Qui le commercialisa ? Et qui en assura la promotion ? Si le pharmacien Jules Ratié n’en fut pas l’inventeur, il en fut assurément le propagateur avec la complicité de son ami publicitaire Jules Fortin. Tous deux élevèrent ces pilules de beauté au rang de "blockbuster". C’est l’histoire de ce commerce à la frontière de la spécialité pharmaceutique, que conte cet ouvrage. Il est également l’occasion de rappeler l’évolution de la législation du médicament, qui favorisa puis mit un terme à l’aventure des Pilules Orientales. »



dimanche 6 janvier 2019

Ouvrage sur l'histoire culturelle

Dans quelques jours doit sortir l'ouvrage de synthèse suivant:
Philippe Poirrier (dir.), Culture, médias, pouvoirs aux États-Unis et en Europe occidentale de 1945 à 1991. Textes et documents, Dijon, Presses Universitaires de Dijon [coll. "U21"], 2019.


J'y ai commis un chapitre au titre qui ne surprendra guère: "Des radios libres aux radios locales privées".
Je viens par ailleurs de terminer la relecture du manuscrit d'un nouvel ouvrage sur un thème proche. Tout roule.

samedi 5 janvier 2019

Souvenir : Nicole comment ?

C'était en 2002. Je me trouvais dans un bureau du deuxième étage du siège de la région île-de-France, qui se trouvait à l'époque au 57 rue de Babylone. Je m'y étais rendu pour rencontrer un conseiller régional et l'interroger sur des événements passés.
La conversation battait son plein, lorsque soudain une femme d'une cinquantaine d'années passa par l'entrebâillement de la porte.
Mon vis-à-vis, sans doute à court d'explications, l'interpela familièrement: "Et toi Nicole, tu t'en souviens?".

Oui, elle s'en souvenait un peu et me donna quelques éléments précieux. Je l'observais: son visage me disait vaguement quelque chose, mais je ne savais pas vraiment à qui j'avais affaire. Situation banale mais toujours handicapante, qui montre à quel point nous sommes dépendants des informations qui nous permettent de contextualiser nos rencontres.
À la fin de cet échange, je lui demandais son nom:
- Nicole comment?
- Bricq. B.R.I.C.Q.
Ce fut ma première rencontre avec celle qui devait devenir, bien plus tard, ministre du Commerce extérieur. Je devais la revoir d'une façon tout aussi éphémère sous les lambris du Sénat, quelques semaines avant sa mort. Une femme pugnace, assurément.

Une simple minicassette m'a récemment permis de faire cette redécouverte. Combien de rencontres de ce type nous échappent, faute d'en fixer la trace!

Les plus consultés depuis un an