jeudi 2 juillet 2020

Souvenir de Marc Nicolas

La première fois que je fus invité dans une radio, c'était sur France Culture il y a près d'une quarantaine d'années. J'étais tout jeune à l'époque et pas vraiment "fini" (mais l'est-on jamais?). Claude-Jean Philippe, avec qui j'avais échangé quelques mots à l'occasion de projections de films de Marcel L'Herbier à la salle Beaubourg de la Cinémathèque française, m'avait fait venir dans son émission "Le Cinéma des cinéastes".

Je ne sais pas qu'est-ce ce qui lui avait pris. Mais bon! il m'avait envoyé un télégramme (que j'ai conservé) et je me retrouvais dans un des studios mythiques de la Maison de la Radio pour l'enregistrement, un peu éberlué, avec ce sentiment qui ne m'a jamais quitté depuis, de ne pas être à ma place. À mes côtés, il y avait un autre jeune invité fort sympathique, de quelques années mon aîné: Marc Nicolas (1957-2016). Je crois me souvenir qu'il était à l'époque en maîtrise d'études cinématographiques après des études commerciales, et qu'il effectuait un stage aux Archives françaises du film de Bois-d'Arcy. Nous sympathisâmes d'emblée.
Nous étions tous deux plongés dans le grand bain radiophonique et ce genre d'expérience première ne s'oublie pas.



Par la suite, je le croisais de temps en temps au gré de ses responsabilités: conseiller de Jack Lang, puis de Catherine Trautmann, vice-directeur du CNC, directeur de la Fémis, etc.
Je me souviendrai toujours de la visite que nous fîmes ensemble de l'American Center de Frank Gehry, alors fermé et quasiment à l'abandon, et de la magnifique scène d'opéra qui s'y trouvait alors, qu'il me permit de fouler et de visiter jusque dans ses coulisses. Ce devait être vers 2000 et le projet de la future Cinémathèque française était en germe.
Marc est mort prématurément en 2016 et je pense souvent à lui et à notre rencontre inopinée, au printemps de nos vies.

vendredi 26 juin 2020

Sous l'aqueduc

Invité de La Chaîne parlementaire (LCP): notre ouvrage Du thermalisme à la médecine thermale. Ici filmé dans un cadre bucolique, au pied d'un aqueduc construit il y a près de 340 ans.



À voir sur LCP en septembre 2020 !
Rappel : l'ouvrage - désormais un "collector" - peut être commandé ICI.




J'en profite pour signaler qu'avec Cécile Raynal, nous venons de faire paraître, dans le numéro 513 (juillet 2020) de Pour la Science, un long article sur "Le mythe de la Grotte du chien", avec cette superbe illustration en double page.


Légende : La Grotte du chien, au bord du lac Agnano, près de Naples, sur une copie de 1645 de l'estampe qui la rendit célèbre, du peintre flamand Georg Hoefnagel (années 1580). 
© Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE DD-1607 (175)

L'ouvrage (Voyage en CO2), dont nous aurons certainement l'occasion de reparler en octobre 2020, peut être commandé ICI.

mercredi 10 juin 2020

Pour Sagot

Le galeriste Clovis Sagot, auquel j'ai consacré récemment (par le plus grand des hasards) un article assez fourni, va-t-il être enfin réhabilité? En tout cas, ce texte m'a été réclamé à plusieurs reprises ces dernières semaines.

Deux lettres du célèbre marchand d'art Léonce Rosenberg (1879-1947) vont en effet être mises en vente chez Conan/Hôtel d'Ainay (Lyon) le 24 juin 2020. L'une d'elles, datée du 21 août 1933, insiste sur l'importance de Sagot. 

Je cite Rosenberg: 
"Le marchand qui, le premier, exposa des tableaux cubistes - Picasso, Gris, Metzinger, Herbin, Gleizes, etc. - fut un marchand français: Clovis Sagot, malheureusement décédé depuis près de vingt ans. Comme il est mort et ne peut par conséquent revendiquer sa part d'initiative, ceux qui l'ont suivi peuvent impunément s'attribuer part entière. [...]"

On peut lire de larges extraits de cette lettre ICI.

Pour rappel, mon article sur Sagot est évoqué .

Curieusement, mon prochain ouvrage - que je suis en train de terminer dans cette sorte de frénésie qui donne toute sa saveur à la vie - traitera en sous-texte de cette question de la réécriture de l'Histoire par ceux qui ont "duré", et qui le font souvent aux dépens de ceux qui sont morts prématurément. Ça peut paraître une évidence, mais dans les faits on l'oublie trop. 

Cela me fait penser à un passage d'un roman d'aventure de Sir Henry Rider Haggard (génial, ce bonhomme!) que je suis en train de lire. 
Un homme de 63 ans, Allan Quatermain, parle:
"Qui suis-je d'ailleurs pour me plaindre? La grande roue du Destin roule comme un djaggernat et nous écrasera tous, tour à tour, tôt ou tard - le quand importe peu: elle finira par nous écraser, le reste est silence. Nous ne nous soumettons pas à elle, comme les Indiens, mais fuyons de-ci, de-là, implorant la pitié - en vain, car le sombre Destin ne cesse jamais de gronder comme un orage et, le jour qu'il aura fixé, il nous réduira en poussière."
Superbe!

jeudi 21 mai 2020

Souvenirs d'un musée

Dans les années 1980 et plus ponctuellement dans les années 1990, j'ai exercé (entre autres choses) comme guide au musée Henri-Langlois. Ce lieu étrange occupait, jusqu'à l'incendie qui le dévasta en 1999, les sous-sols du Palais de Chaillot. 

Je l'ai fait visiter à d'innombrables reprises, devant des publics variés: adultes, enfants, Français, Étrangers... Parfois, je m'y enfermais pour y rêvasser ou m'y cultiver, tant ce lieu poétique m'inspirait. Marianne de Fleury m'en prêtait souvent la clef.

Le mardi 8 avril 1997, vers 19 heures (dixit un de mes agendas), l'ami Fred Savioz me demanda de me promener une nouvelle fois dans ce musée, une petite caméra vidéo à la main. J'ai oublié le modèle (sans doute une Sony), mais c'était la première fois que je manipulais un appareil de ce type. Je devais filmer les couloirs, objets, affiches et maquettes qui m'inspiraient le plus, en les commentant en direct. Fred me suivait avec sa caméra professionnelle Sony V5000. 
D'autres que moi se prêtèrent au jeu : Dominique Païni, Frédéric Bonnaud, Philippe Azoury et Nicole Brenez.

En 1999, après l'incendie fatal, Fred reprit les images qu'il avait stockées jusqu'alors. "Mes" séquences ne furent malheureusement pas retenues au montage, un problème technique ayant affecté la bande-son. Mais je fus dûment remercié dans le générique final.
C'est un regret de n'avoir pu me revoir, flânant dans cet espace qui ne cesse de me hanter depuis et dont j'avais rédigé, en 1995, le dernier guide officiel.



Le film de Fred Savioz (Traces fantômes, le musée d'un rêve, 1999) est désormais en ligne sur la plateforme Henri de la Cinémathèque Française. Merci Fred pour cette belle aventure!



jeudi 14 mai 2020

Bugs en série

Dans les années 1980, la Direction générale des télécommunications (DGT, futur France Telecom) nous gratifiait parfois de bugs étranges, sources de situations cocasses. Par un hasard incroyable, un de ces bugs (ou plutôt une série de bugs) se produisit à l'occasion d'une matinée que j'animais sur Radio Ici et Maintenant. Ce devait être le 11 janvier 1986, car l'auditeur (Éric) y évoque un article paru la veille dans Libération (sur Rika Zaraï). J'eus par bonheur la présence d'esprit d'enregistrer ces minutes d'incongruité, peut-être sans équivalent dans l'histoire de la radio.


Séquence 1.

Une deuxième séquence met cette fois en rapport trois auditeurs (Éric, Thierry et Lucien, ce dernier travaillant aux Renseignements téléphoniques!), ainsi que de curieux invités surprises dont un pseudo agent de la Mondaine téléphonant au standard d'un journal de petites annonces bien connu à l'époque. Comme le signale Thierry, Dino Buzzati avait imaginé une histoire quelque peu similaire dans sa nouvelle Scriopero dei telefoni (en français, La Grève des téléphones, 1958).


Séquence 2.

Je ne peux m'empêcher d'ajouter le final, qui s'apparente à une "mise en abyme": un auditeur (P'tit Louis) se plaint du brouillage de Radio Ici et Maintenant par RFM et la toute nouvelle Skyrock (ex-La Voix du Lézard), tout en étant lui-même "brouillé" par des conversations téléphoniques parasites de plus en plus chaotiques. Je lui fais d'ailleurs répéter sciemment trois fois la même protestation, qui devient à chaque reprise de plus en plus confuse. En écoutant et réécoutant ce passage, je m'étonne encore de la liberté dont nous jouissions à cette époque. Quelle station le permettrait de nos jours?


Séquence 3.

jeudi 7 mai 2020

Voyage intérieur

Cette longue période de confinement aura eu au moins l'avantage de me permettre de mener à bien un projet qui me tenait beaucoup à cœur. Ce n'est pas encore tout à fait fini, mais à l'approche des 300.000 signes, et à raison de 5 à 10.000 par jour, la ligne d'arrivée commence à se profiler. Je dirais même que le cheval s'emballe.

Cet ouvrage m'aura demandé beaucoup de recherches. Ce fut une entreprise à la fois complexe et émouvante, vraiment très émouvante. Il y sera encore question de radios libres, mais à travers une approche très différente de celles empruntées jusqu'alors.

Quand on n'exerce pas un métier dit "essentiel" (ce dont j'avais parfaitement conscience bien avant le confinement!), la moindre des choses est d'aller jusqu'au bout de ses projets. Les miens ne font guère de bruit, je pense par ailleurs qu'ils ne nuisent à personne, ne polluent guère et n'attaquent pas la santé mentale de mes contemporains. C'est peu et beaucoup par les temps qui courent.

Ils ne coûtent que l'effort et le temps que je leur consacre. Je les mène donc en conscience, et non pour quelque finalité occulte. Liront cet ouvrage ceux qui le voudront bien, en surplomb, de guingois ou à tâtons, en cinq minutes ou deux mois! Moi, cela m'aura pris vingt ans... vingt ans d'un voyage intérieur, qui en vaut tant d'autres superficiels.
On en reparlera certainement vers la fin de cette année étrange...

J'en profite pour signaler une causerie récemment mise en vidéo par Cécile Raynal. Elle se réfère à un ouvrage qui me/nous a beaucoup tenu à cœur, lui aussi: Les Métamorphoses de Tho-Radia
Signalons d'ailleurs à son propos le compte rendu qu'en fait Lucy Jane Santos dans son Museum of Radium.


vendredi 24 avril 2020

Le collège expérimental audiovisuel de Marly

Le 30 novembre 2017, avec Cécile Raynal, nous avions donné une conférence sur l'histoire du collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi. Cela se passait dans cette ville, dans la salle de l'Horloge qui était ce soir-là pleine à craquer, malgré la neige qui tombait à gros flocons.




Cécile a eu l'idée de mettre en image l'enregistrement audio de cette conférence. Il en résulte les quatre épisodes qui suivent, que l'on peut également retrouver sur la modeste chaîne Youtube que nous avons créée pour cette occasion. Son nom: Actinopolis. D'autres vidéos viendront l'enrichir au fil du temps.



"Le Collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi" (partie 1)


"Le Collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi" (partie 2)


"Le Collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi" (partie 3)


"Le Collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi" (partie 4)

vendredi 17 avril 2020

Lui-même

C'est un excellent souvenir... 
Ma première "vraie" émission de radio sur Fréquence Libre (103.1 MHz)! 
J'en avais fait plein d'autres auparavant, mais cette fois-ci, j'avais enfin décidé d'y mettre un titre ("Offensive Média") et de l'ouvrir par un générique régulier (le merveilleux E2-E4 de Manuel Göttsching, acheté quelque temps plus tôt à Amsterdam). J'avais fait ça sans doute pour faire comme les autres. Seul bémol, ce générique faisait... 59 minutes!
La radio, pour moi, en tout cas à l'époque, c'était faire des expériences et, si possible, avec le moins de baratin possible.

Ce devait donc être en septembre 1984, peut-être même en août. À moins qu'il s'agisse du mois de juillet.
Je lance le générique et, au bout de dix minutes, j'accueille sur l'antenne ma première auditrice sans la prévenir. L'interactivité jusqu'à l'absurde, il n'y a que ça de vrai...

Bonheur ineffable! 
Je n'oublierai jamais ce moment-là, comme quoi les plus beaux souvenirs tiennent souvent à très peu de choses...



Manuel Göttsching, c'est encore mon "Dieu" aujourd'hui. Pour preuve, quelque trente-cinq ans plus tard, j'écoute toujours ce magnifique E2-E4, tout en accumulant les feuillets de mon prochain ouvrage. 
Pour Manuel: hip, hip, hip, hourra!


vendredi 27 mars 2020

Prion médiatique

Actuellement, en France, tout le monde parle du Pr Raoult et de son hypothétique traitement contre le CoVid-19. Des études sont en cours (essai "Discovery" en particulier). Nous en saurons sans doute (un peu) plus dans quelques semaines. Souhaitons simplement pour la santé des malades que ces essais se révèlent positifs!

Je n'ai pas d'avis sur la question, ne disposant pas de données précises (la récente étude de Raoult n'est guère éclairante) ni de connaissances suffisantes dans le domaine des virus de type SARS, n'exerçant plus depuis 23 ans dans ce domaine si particulier de l'expérimentation clinique. Ce n'est visiblement pas le cas d'un paquet de personnes incompétentes (à l'instar d'un vieux politicien roublard et logorrhéique, que je ne nommerai pas), qui s'expriment à tort et à travers dans les médias pour "défendre" ce traitement et son promoteur.

Cette histoire me fait furieusement penser à "l'affaire de la ciclosporine", qui avait fait la une des journaux en octobre 1985, alors que s'étendait la pandémie de sida, et qui avait durablement discrédité la recherche française. Seule différence: en trente-cinq ans, les fronts se sont à l'évidence renversés. 
Le résumé succinct de Wikipedia éclairera ceux qui ont oublié ce moment d'anthologie. C'est ICI.

À l'évidence, nous sommes actuellement aux prises avec deux pandémies qui se nourrissent et se pourrissent mutuellement (tout particulièrement en France, pays des "Lumières", où le terrain devient chaque jour plus propice): l'une est causée par le SARS-CoV-2; l'autre par une sorte de prion médiatique qui vrille nos cerveaux et en laisse s'échapper des cascades de neurones.

Je comprends un peu mieux cette saillie de Coluche, qui m'avait pourtant profondément scandalisé à l'époque (il est vrai que je côtoyais quotidiennement des sidéens, paix à leurs âmes!): "Le sida, ça s'attrape surtout dans les journaux."

mardi 24 mars 2020

Dibango, roi des années 80

J'apprends avec tristesse la mort de Manu Dibango, des suites du Covid-19: une personnalité au charisme et au rire extraordinaires, que j'ai eu à de nombreuses reprises le plaisir de croiser dans les couloirs de Fréquence Libre, avenue Secrétan. C'était en 1984-1985 et il était alors un des habitués de l'émission "Africa Fête" de Nago Seck. 

On trouvera dans mon article "Fréquence Libre à travers les archives de la Commission consultative des radios locales privées" (Cahiers d'histoire de la radiodiffusion, n°125, 2015) une illustration reproduisant un conducteur de cette émission phare de la diaspora africaine (voir p.36). Assurais-je la technique ce jour-là? C'est tout à fait possible (ce qui expliquerait que j'ai gardé ce document), mais je ne m'en souviens plus. On notera en particulier la programmation d'Abele Dance.

On peut trouver le pdf de cet article en accès libre ICI.

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