vendredi 23 novembre 2018

Images retrouvées

Comme le rappelle Agnès Graceffa dans son très beau Une femme face à l'Histoire (Belin, 2017), Raïssa Noévna Bloch naquit le 30 septembre 1898 à Saint-Pétersbourg, dans une famille juive, aisée et libérale. Licenciée en histoire de l'université de Saint-Pétersbourg, maîtrisant plusieurs langues (russe, français, anglais, allemand, italien, latin), cette chercheuse née préparait une thèse sous la direction de la médiéviste Olga Dobiache-Rojdestvenskaïa lorsqu'elle fut arrêtée, le 22 septembre 1921, pour une raison inexpliquée par la police bolchévique. Deux mois passés dans les geôles du régime la convainquirent de se réfugier en Allemagne en octobre 1922.

Assistante de recherche au Monumenta Germaniæ Historica (institut chargé de l'édition de textes médiévaux), elle participa aux activités de la librairie et maison d'édition Petropolis, fondée par son frère dans la capitale allemande. Auteure de poèmes et de livres pour enfants, elle soutint sa thèse en février 1927. Ce doctorat ne lui permit malheureusement pas de sortir de la précarité, qui était le lot des émigrés russes et plus encore des médiévistes.

Le visage de Raïssa Bloch.

L'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir à la fin janvier 1933 l'obligea à fuir une nouvelle fois en mai, cette fois-ci vers Paris. Parrainée par Ferdinand Lot, elle suivit les séminaires de l'École pratique des hautes études et participa à la préparation du nouveau Dictionnaire de latin médiéval.
Vers la fin 1933, Lot la mit en contact avec Eugène-Humbert Guitard, qui recherchait une assistante polyglotte pour l'assister dans la lourde tâche que représentait alors la rédaction conjointe de la Revue d'histoire de la pharmacie et de son supplément artistique et littéraire Dionysos. Dès la fin janvier 1934, sa collaboration, rémunérée, devint régulière, lui assurant des revenus certes modestes mais renouvelés d'année en année jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Elle épousa son compatriote Michel Gorlin, poète, grand érudit et spécialiste de la slavistique, le 31 octobre 1935. Une fille naquit de leur union le 8 septembre 1936. Elle se prénommait Dora.

La guerre et la débâcle furent fatidiques à ce beau couple de savants. Tous deux se retrouvèrent pratiquement du jour au lendemain sans ressources. Le 14 mai 1941, Michel Gorlin fut arrêté. Envoyé à Auschwitz quatorze mois plus tard, il y mourut.
Réfugiée sous un nom d'emprunt au château de Masgelier (Creuse), un des "homes" d'enfants juifs géré par l'Œuvre de Secours aux Enfants (OSE, dont son frère était un des principaux responsables), Raïssa fut arrêtée par des gardes-frontières suisses le 18 octobre 1943, alors qu'elle venait de convoyer avec succès cinq enfants juifs. Refoulée en France, livrée aux Allemands, elle fut transférée à Drancy puis à Auschwitz. Elle y mourut le 25 novembre 1943. Sa fille Dora était décédée pour sa part du croup quelques mois plus tôt.

Il reste trop peu de choses du passage sur Terre de cette brillante érudite. Quelques écrits, de très rares photos et le monument biographique que lui a dédié Agnès Graceffa.
Aussi, quelle ne fut pas mon émotion lorsque que je l'entrevis dans un film de la Société d'histoire de la pharmacie, que j'ai récemment retrouvé. L'image est de qualité médiocre, l'identification encore hypothétique, mais comme je me suis efforcé de le démontrer dans un article à paraître, elle est plus que vraisemblable. Il s'agirait donc du seul témoignage cinématographique sur cette femme exemplaire.

Deux photogrammes représentant Raïssa Bloch.
La première identification reste hypothétique (mais fort vraisemblable), 
la seconde est certaine.


Référence:
Thierry Lefebvre, "La Société d'histoire de la pharmacie. Un film retrouvé", Revue d'histoire de la pharmacie, n° 400, décembre 2018, p. 519-542.

vendredi 16 novembre 2018

Ils étaient là, ils n'y sont plus

Quand j'étais jeune et que j'écoutais la chanson du groupe québécois Beau Dommage, Un incident à Bois-des-Filion (1975), je m'étonnais naïvement que l'on puisse encore se noyer aussi bêtement que dans le fait-divers qui servait de prétexte à ce petit chef-d'œuvre.


Pourtant, le temps a passé et au moins deux de mes anciens camarades ont disparu de la sorte.

Le premier était Alain Dupuis (alias Nil), avec lequel je fis les quatre cents coups dans une radio parisienne alors bien turbulente. J'ai raconté, il y a quelque temps, une de nos initiatives communes: l'occupation du bureau du président de TéléDiffusion de France en 1986.
Alain devait avoir une quinzaine d'années de plus que moi. Il est mort noyé dans les années 1990. Je ne sais pas ce qu'est devenue sa compagne, que nous surnommions Mitsou. Et je n'arrive plus à retrouver une photographie où on nous voyait tous les deux avec quelques autres.

Le second a joué un très grand rôle dans ma vie. Il s'agissait de Philippe Arnaud, un homme en tout point remarquable, d'une intelligence comme j'en ai rarement rencontrée.

Philippe Arnaud (1951-1996).

À la fin des années 1980, Philippe m'avait demandé de participer aux ouvrages qu'il coordonnait alors pour le compte de la Cinémathèque française.


Nous avions alors d'innombrables conversations dans son petit "bureau" qui jouxtait la bibliothèque commune de la Cinémathèque et de la Fémis, tout en haut du palais de Chaillot (quelle vue nous avions!). Érudition et humour faisaient toujours très bon ménage avec lui.

Par la suite, il joua un grand rôle, avec Dominique Païni, Laurent Mannoni et Adrien Maeght, dans la mise en chantier de mon premier ouvrage (de commande) : Le Guide du musée du cinéma. J'ai retrouvé récemment quelques lettres de lui, avec de judicieux conseils et commentaires.


Philippe est mort noyé, lui aussi. On n'a jamais retrouvé son corps.
En 1996, il y a donc maintenant près d'un quart de siècle, avec Laurent Mannoni, nous lui avions rendu un trop court hommage dans la revue 1895.

Aujourd'hui, il nous reste ses textes et ses ouvrages qu'il m'avait fait l'honneur de me dédicacer. Et de beaux souvenirs.


dimanche 11 novembre 2018

Voces frigore concretae

Peut-on faire de l'histoire de la radio sans réécouter ce qu'il s'y disait? Assurément non, même si certains ne s'en privent pas. D'où le caractère inestimable de certaines (re)découvertes, alors même que les paroles jadis prononcées semblaient s'être définitivement perdues.


Ici, une bobine métallique BASF de marque "LH Professional".
Durée totale de la bande: 69 minutes.



Qui? Quoi? Où? Quand? Comment? Combien? Pourquoi ?
On en reparle dans quelques mois...

vendredi 2 novembre 2018

Merci au CTHS



dimanche 28 octobre 2018

Souvenir de Michel Michel

L'autre jour, parti à la recherche d'une information pour un ouvrage en cours de rédaction, je suis tombé par hasard sur une de ces feuilles de papier listing qui alimentaient les imprimantes au tournant des années 80.
Sur ce document, je (re)lisais le texte suivant, rédigé d'une large écriture au stylo bleu:
"L'équipe du 6/9 Show - Éric Malherbe et Fidel Ascaso pour les infos et Michel Michel pour le délire - ne verrait aucun inconvénient à ce que de chaâarmants auditeurs ou auditrices se mettent à faire des crêpes pour améliorer leur ordinaire et venir fêter le mardi graâas avec eux tout à l'heure (pour les auditeurs, si possible blonds aux yeux bleus), pour les auditrices comme elles veulent."
(Je me suis permis de corriger quelques fautes.)

Archives T. Lefebvre.

Aussitôt, le souvenir de ce document anecdotique et des circonstances de sa production n'est revenu, quelque 35 ans après.

J'officiais à l'époque à Fréquence Libre, une radio locale privée située à Paris, 54 avenue Secrétan. En parallèle de mes études, j'y produisais et fabriquais de nombreuses émissions, tantôt comme animateur, tantôt comme technicien. C'était une passion, au sens plein du terme, et je pense en conséquence n'avoir jamais voulu "faire carrière" dans ce domaine ("faire carrière" est d'ailleurs une expression que j'exècre).
Nous devions donc être le mardi 6 mars 1985 (mardi gras), sans doute vers 5h du matin. J'animais une émission de nuit qui avait dû débuter vers 22h ou minuit la veille. À l'époque, je ne m'économisais guère et les émissions nocturnes étaient tout particulièrement propices aux expériences les plus fumeuses. Bref, j'adorais...
Avais-je des invités cette nuit-là? Probablement, mais je ne m'en souviens plus... Non loin du studio, dans un petit open space, trois jeunes gens, qui s'étaient levés tôt, préparaient le "6-9 show", une des émissions vedettes de la station, une sorte de "morning" comme on dit de nos jours.
Le "6-9 show" avait été créé quelques mois plus tôt par un type extraordinaire, Michel Michel (je n'ai jamais su s'il s'agissait d'un pseudonyme), un transfuge de Fréquence Gaie (il s'y était distingué en 1982-1983, en animant l'émission "Music-hall").
C'est lui qui avait rédigé la "petite annonce" dont je dus lire le contenu à l'antenne, à moins qu'il ne le fit lui-même (comme je crois me souvenir).

Une image de Michel Michel en 1988. 
© INA.

Michel Michel était drôle (parfois jusqu'à la causticité), fantasque et volontiers extraverti, homosexuel affirmé de surcroît, ce qui explique le ton légèrement grivois de sa petite annonce.
Je me souviens de discussions sympathiques que nous avions à l'aube, sur le zinc du bar qui faisait alors l'angle de l'avenue Secrétan et du boulevard de la Villette. Je terminais mon émission en lançant un 33 tours interminable dont j'avais le secret, et lui prenait un petit café avant de débuter la sienne à 6h.

Nous nous perdîmes de vue quand Fréquence Libre mit la clé sous la porte. Michel Michel poursuivit sa carrière à TF1, devenant un journaliste apprécié. On peut le voir par exemple dans cet extrait de 1988.

© INA.fr

Il mourut du sida (c'est du moins ce qui se dit alors) en octobre 1989. Patrick Poivre d'Arvor lui rendit un chaleureux hommage à l'occasion de son journal télévisé.
Des jeunes gens comme lui, fauchés dans la fleur de l'âge, j'en ai connus beaucoup au cours des années 80-90. Amis ou collègues qui nous faussèrent subrepticement compagnie, alors même que l'"espérance de vie" prétendait nous "conserver" jusqu'à 72 ans (pour les hommes) ou 80 ans (pour les femmes).
Leur souvenir me poursuit. Pour eux, tout se passa comme si nous en étions restés aux cruelles statistiques de la fin du XVIIIe siècle. Une telle injustice continue de me révolter.

samedi 20 octobre 2018

Nouvel ouvrage : hommage aux sociétés savantes

Avant, il n'y avait rien.
Après, il y eut quelque chose.
Et cent six ans plus tard, cette chose demeure, alors que tant d'autres se sont comme dissoutes, effacées de la mémoire des hommes.

La résilience des sociétés dites "savantes", qu'elles soient locales ou nationales, m'a toujours intrigué. Ces associations loi 1901 (que d'aucuns jugent archaïques), fondées sur le bénévolat et l'émulation, poursuivent bon an mal an leur petit travail de fourmis besogneuses à l'écart de l'Université. Il y en aurait encore de nos jours, si l'on en croit Christophe Marion, secrétaire général du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), un peu plus de 3 000 en France!

Elles ont inventé ces vieilles lunes que l'on a ripolinées de nos jours sous des intitulés prétentieux comme "crowdsourcing" et "crowdfunding".
Elles ont permis à des individus venus de tous horizons professionnels et de tous âges de se prendre en main et de mener à bien des projets si peu lucratifs qu'ils en finissent par devenir une part non négligeable du sel de l'aventure humaine.


C'est aux tout débuts d'une de ces sociétés qu'est consacré ce nouvel ouvrage, qui s'appuie sur une correspondance inédite entre trois hommes que tout différenciait en apparence (âge, statut, préoccupations...). Ils s'appelaient Eugène-Humbert Guitard, Charles Buchet et Paul Dorveaux. L'un était chartiste, l'autre chef d'entreprise et le troisième bibliothécaire.
Ces lettres, retranscrites et annotées, toutes datées de 1913 et 1914, racontent la naissance de la Société d'histoire de la pharmacie et les stratégies et aspirations des uns et des autres.
Un long texte de présentation présente les premiers pas de cette association d'érudits, ainsi que la naissance de son enfant: un bulletin (aujourd'hui Revue d'histoire de la pharmacie) toujours en activité et désormais en accès libre (période 1913-2013) sur Persée, portail associant l'ENS de Lyon, le CNRS et l'Université de Lyon.
Car les sociétés savantes ont, elles aussi, une histoire...

Cet ouvrage se veut également un hommage aux générations successives de passionnés et d'érudits, qui investirent connaissances, argent et énergie, afin que la curiosité et l'esprit demeurent.

Référence : Thierry Lefebvre, Une société savante et son bulletin à la veille de la Première Guerre mondiale. Lettres retrouvées de la Société d'histoire de la pharmacie, 1913-1914, Paris, Éditions Glyphe, 2018, 279 pages, nombreuses illustrations, 18 euros.
On peut se procurer cet ouvrage à l'adresse suivante : http://www.editions-glyphe.com/livre/une-societe-savante-et-son-bulletin-a-la-veille-de-la-premiere-guerre-mondiale/

D'autres livres à paraître très prochainement...

vendredi 5 octobre 2018

Le sens du mouvement à la Cinémathèque française

Séance exceptionnelle ce vendredi 5 octobre 2018 à la Cinémathèque française (voir ICI). Dans une salle Georges Franju archi comble, le Conservatoire des techniques cinématographiques accueillait Alain Berthoz, professeur honoraire au Collège de France, venu nous parler des bases neurales du mouvement et de sa perception. Ce type de conférence n'avait jamais été proposé jusqu'à présent et l'accueil du public de la Cinémathèque s'avéra extrêmement chaleureux et positif. C'est la preuve que les rapports tissés entre la science et le cinéma sont sources d'intérêt et d'inspiration.

La séance débuta par un rappel de Laurent Mannoni sur les travaux fondateurs d'Étienne-Jules Marey, qui fut, à la fin du XIXe siècle, le titulaire de la chaire d'histoire naturelle des corps organisés du Collège de France et l'inventeur de la chronophotographie (ancêtre direct du cinématographe).
Puis j'eus l'honneur de présenter les recherches de deux de ses principaux "héritiers": François-Franck, qui lui succéda au Collège de France; et Lucien Bull, qui devint par la suite directeur de l'Institut Marey.
Enfin, Alain Berthoz présenta avec brio les travaux qu'il mena et continue de mener sur la locomotion humaine, sous toutes ses facettes.
Puis ce furent les questions du public...

Alain Berthoz face au public.
Photo : Thierry Lefebvre.

Cette conférence hors-norme fut bien entendu illustrée de nombreuses images rares: chronophotographie récemment retrouvée d'Étienne-Jules Marey; film de Lucienne Chevroton (préparatrice de François-Franck) sur le développement de l'œuf d'oursin; images à l'ultra-ralenti de Lucien Bull; films tournés dans divers laboratoires de recherche fréquentés Alain Berthoz au cours de sa carrière.
L'ensemble - filmé - sera mis en ligne prochainement. Et les liens entre le Collège de France et la Cinémathèque française devraient se resserrer plus encore l'année prochaine. Mais nous en reparlerons en temps voulu...

mercredi 3 octobre 2018

Paul Dorveaux

Samedi 29 septembre 2018 se tenait, à la toute nouvelle faculté de pharmacie de Nancy (campus Brabois Santé, à Vandœuvre-lès-Nancy), une séance délocalisée de la Société d'histoire de la pharmacie.

Des locaux flambant neufs 
que nous fit visiter le doyen Raphaël Duval.

Ce fut l'occasion pour moi de présenter la vie et les travaux d'un Lorrain célèbre: Paul Dorveaux (1851-1938), médecin-bibliothécaire au tournant du vingtième siècle.
Personnage attachant dont j'ai découvert, il y a environ un an, quelques fragments de correspondance qui seront retranscrits, avec beaucoup d'autres, dans un ouvrage à paraître très prochainement (fin octobre 2018).

Paul Dorveaux (coll. SHP).

Ce samedi, je me suis penché tout spécialement sur les circonstances qui valurent à ce modeste médecin de campagne de devenir un bibliothécaire d'université, puis un historien des sciences médicales estimé de ses pairs.
J'admire beaucoup ces reconversions, certes facilitées par le jeu des amitiés et fidélités, mais qui détournent les plus téméraires des voies toutes tracées auxquelles beaucoup d'entre nous se conforment jusqu'au tarissement.

Le texte de cette communication - intitulée "Paul Dorveaux: une reconversion sur fond d'amitiés lorraines"- paraîtra dans quelques mois.

vendredi 21 septembre 2018

Le retour de Van der Weyden

Il y a un peu plus d'un an, j'évoquais ici même le tournage à Audinghen (Pas-de-Calais) de quelques-unes des séquences de Coincoin et les Z'inhumains (la suite du Petit Quinquin), la mini-série télévisée de Bruno Dumont dont les deux premiers épisodes viennent d'être diffusés hier sur Arte.

Au-delà des péripéties de cette fiction décidément bien caustique, il est intéressant de se faire une idée du dispositif employé. Ici, l'équipe prépare le tournage d'un échange pittoresque entre le commandant Van der Weyden et son adjoint Rudy Carpentier. Leur mythique véhicule de gendarmerie, arrivé sur deux roues grâce à la virtuosité d'un cascadeur, est à peine visible.

Audinghen, 15 août 2017. 
Photo : Thierry Lefebvre.

Quelques précisions : la régie image se trouvait dans la Toyota Hilux. C'est là que Bruno Dumont s'installait durant le tournage des scènes. La régie son était au premier plan à droite et on note le rôle non négligeable du perchman.
On remarque également le grand réflecteur 4x4, qui explique en partie la qualité parfois confondante des images de Guillaume Deffontaines (reconnaissable à son chapeau). Il faut dire que la région et ses décors s'y prêtaient...
Le souci de précision de Bruno Dumont et de son équipe était tel que l'on pouvait lire, sur le panneau d'information apposé à l'entrée du local du "Bloc", outre le contenu de l'affiche électorale de Jean-Marc Boulin ("Pour le seul vrai changement"), les horaires d'ouverture et le numéro de téléphone de la permanence, les noms, téléphones et adresses électroniques des cinq membres du bureau de la deuxième circonscription du nord. La coupure de presse que l'on y entrevoit également provenait de La Voix du Nord du 10 août 2017 : il y était question de l'interception, sur l'autoroute A16, non loin de l'échangeur de Marquise (donc à quelques kilomètres de là), du suspect de l'attentat de Levallois-Perret.
Le contexte, toujours le contexte...

jeudi 30 août 2018

Prokoudine-Gorski

Par une curieuse coïncidence, Google célèbre aujourd'hui le 155e anniversaire du Russe Sergueï Prokoudine-Gorski (l'orthographe du nom est francisée).
J'évoquais justement cet inventeur il y a quelques jours, à propos d'un article à paraître.
Rappelons que c'est grâce à son procédé de photographie en couleur que fut réalisé le célèbre cliché suivant:

Portrait pour la crème Tho-Radia.

Et cet autre -largement retouché- en dérivait :


samedi 25 août 2018

Boutures

En 2015-2016, Émilien Adage et Anthony Lenoir créèrent l'association Solarium Tournant. Ce nom leur avait été inspiré par la lecture de notre ouvrage Les Solariums tournants du Dr Jean Saidman (Paris, Glyphe, 2010). Nous eûmes d'ailleurs l'occasion de nous rencontrer à Paris, alors que le projet était encore en gestation.

Anthony Lenoir et Émilien Adage 
présentent notre ouvrage et une de nos contributions 
à l'occasion d'un passage à l'antenne de Radio Aix en septembre 2016.

Depuis ce collectif dynamique, dédié à la "production de résidences et d'expositions pensées autour et à partir des recherches en actinothérapie du Dr Jean Saidman", a su déployer ses activités à Flaine et Aix-les-Bains.

Le vernissage de leur prochaine exposition - baptisée tout simplement "Solarium" - aura lieu le samedi 1er septembre 2018, à 18h, dans le cadre dépaysant de la piscine Pétriaux des anciens thermes nationaux d'Aix-les-Bains. On y découvrira des œuvres de Sarah Feuillas, Laurent Millet et Mengzhi Zheng.
Longue vie à l'association Solarium Tournant !

vendredi 17 août 2018

Des images à foison

Je m'apprête à signer d'ici quelques jours le bon à tirer d'un nouveau numéro de la Revue d'histoire de la pharmacie. On y trouvera, entre autres, deux articles:
- Le premier, co-écrit avec Cécile Raynal, est consacré à l'iconographie de Tho-Radia. Y sont évoqués Alfred Mulvidson, le gérant de la SECOR qui commercialisait la gamme de cosmétiques, Tony Burnand, le publicitaire suisse à l'origine des fameuses campagnes promotionnelles, mais aussi le procédé de photographie en couleur Prokudin-Gorskii et la technique d'héliogravure employée. Nous nous questionnons également sur l'identité de l'égérie blonde, dont le portrait fut reproduit sur bon nombre d'affiches. Plusieurs hypothèses sont formulées.
Ce texte, abondamment illustré (en couleur), fait écho à une communication que nous avons récemment donnée aux premières Jornadas de História da Farmácia e Saúde Pública de l'Université de Coimbra (Portugal).
- Un second article traite des films médicaux tournés en France durant la Première Guerre mondiale. Fruit d'une exploration systématique des fonds cinématographiques de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), ce texte, lui aussi très illustré, vise avant tout à faciliter la tâche des futurs chercheurs et historiens.

Références:
Thierry Lefebvre, "Une exploration des films médicaux tournés durant la Première Guerre mondiale", Revue d'histoire de la pharmacie, n° 399, septembre 2018, p. 351-367.
Thierry Lefebvre, Cécile Raynal, "Autour de l'iconographie de Tho-Radia", Revue d'histoire de la pharmacie, n° 399, septembre 2018, p. 396-412.

jeudi 9 août 2018

Sons d'antan et bons génies

Puisque l'été est propice aux souvenirs et que les nouvelles ne sont pas fraiches, continuons!
Cela se passait il y a près de trente-six ans, le 12 novembre 1982, dans la petite salle du Centre Pompidou dont j'étais depuis quelques années un habitué (je peux même affirmer que je suis un enfant de Beaubourg: merci Monsieur Pompidou!).
Je devais être assis au premier rang. En face de moi, sur une petite estrade, Jean-Claude Carrière (1931), Denise Tual (1906-2000), Ado Kyrou (1923-1985), Antonio Saura (1930-1998), Maurice Drouzy (1923-1998)...
Le débat s'intitulait "À Luis Buñuel" et je viens de retrouver miraculeusement son enregistrement audio dans les rets du web: on peut le réécouter ICI.
Je dois avouer que j'ai toujours beaucoup aimé Buñuel.
Avant ou après le débat (je ne sais plus), je croisais Pierre Guibbert (1942-2004), qui était à l'époque un des piliers de l'Institut Jean Vigo de Perpignan. J'avais fait sa connaissance quelques mois plus tôt, à l'occasion d'une interview amateur (que je viens également de retrouver, preuve que je fais du rangement!) de Marcel Oms (1931-1993), qui présidait à l'époque cet institut dynamique. J'avais également rencontré Hélène Oms et visité, pour la première fois de ma vie, un centre d'archives cinématographiques (photos, affiches, scénarios, bobines de film, etc.).

Quelques semaines passèrent. Le 17 janvier 1983, Pierre Roura, qui était secrétaire de rédaction des Cahiers de la Cinémathèque (la revue mythique de l'Institut Jean Vigo), m'écrivit une lettre que j'ai précieusement conservée: "Est-ce que cela vous intéresserait d'en faire [de ce débat] un compte rendu pour le prochain n° des Cahiers de la Cinémathèque qui sera consacré au cinéma de l'Espagne franquiste?"
Quel honneur, mais quelle inquiétude aussi! Si je griffonnais de manière très régulière depuis mon adolescence, je n'envisageais pas vraiment d'être publié (ou alors dans mes rêves les plus improbables): je ne disposais d'aucune entrée dans ces milieux, mes seules références étaient Martin Eden de Jack London et quelques biographies d'écrivains appréciés... On n'est pas fils d'ouvrier pour rien, comme aimait à me le rappeler fort gentiment mon regretté père.
Bref, je me lançais sans le moindre conseil: j'écrivais, raturais, me dépatouillais, puis tapais un texte de quelques milliers de signes sur une petite machine à écrire Olympia, que j'ai par la suite perdue de vue. Elle était verte, crachoteuse, achetée d'occasion, un peu dans le style de l'engin ci-dessous... (Je parle évidemment d'un temps où les ordinateurs et logiciels de PAO m'étaient inconnus.)

 

Me connaissant cependant, cette affaire n'avait pas dû traîner. Il faut battre le "faire" quand il est chaud...

Plusieurs mois passèrent sans la moindre réponse. "C'est la vie", dus-je me dire, "mon texte était sans doute sans le moindre intérêt". Entre-temps, il m'était arrivé pas mal de petites aventures (entre autres radiophoniques) et bien entendu, ce texte m'était complètement sorti de la tête. Peut-être même avais-je fait le deuil de ma brève vocation de scribouillard...
Un jour cependant (ce devait être en mars 1985, donc deux ans plus tard!), je me rendis avec deux amies au Salon du Livre de Paris, qui se tenait à l'époque au Grand Palais. Nous nous promenions à travers les stands quand soudain, par le plus grand des hasards, je tombai sur un regroupement d'éditeurs (région Languedoc-Roussillon, me semble-t-il) et y découvris le dernier numéro des Cahiers de la Cinémathèque. Je n'y étais pas abonné (je n'étais abonné à rien) et feuilletais donc l'exemplaire par curiosité. Soudain, mes yeux tombèrent sur mon texte signé de mon nom ("Paris rend hommage à Buñuel", Les Cahiers de la Cinémathèque, n° 38-39, hiver 1984, p. 211-213). Mes amies, auxquelles je montrais la "chose", ne comprirent pas très bien les raisons de mon air enjoué.


En fait, faute d'une bonne identification postale, les courriers ne m'arrivaient plus. Et voilà comment mon "élan" vers le peu que j'allais devenir, faillit être brisé... Fragilité de la destinée, bizarrerie des "circonstances de la vie" comme l'écrivait Ramuz. Et la morale de cette histoire: ne jamais se satisfaire de nos velléités, qui sont innombrables et stériles.
Je repense souvent à ce petit bonheur de rien du tout, mais tellement improbable que je lui trouve encore du charme un tiers de siècle plus tard. Et je repense à Marcel et Hélène Oms, si tragiquement disparus en juillet 1993, et à Pierre Guibbert, mort également de manière prématurée: mes bons génies qui ne le surent jamais.

lundi 6 août 2018

Ramuz retrouvé

Les Nuits de France Culture ont rediffusé, il y a deux ou trois semaines, une émission diffusée pour la première fois le 15 septembre 1978. Son titre: "Relecture: Charles-Ferdinand Ramuz".


Et là, miracle! À quarante années de distance, la mémoire et la saveur de cette émission, que j'avais écoutée en son temps (j'étais adolescent), me sont revenues presque immaculées: la voix de Ramuz, enregistrée en 1939 ou 1940; quelques extraits de L'Histoire du soldat (mimodrame que composèrent ensemble Ramuz et Stravinsky); les extraits de ses romans et essais; et même certaines analyses des spécialistes convoqués pour l'occasion. Rémanence étonnante de l'écoute radiophonique.
En réécoutant l'émission, je me suis même souvenu avoir été particulièrement perturbé quand Hubert Juin avait affublé l'écrivain du prénom de Conrad-Ferdinand. J'ai longtemps cherché une explication à ce lapsus étonnant...
Il faut dire que Ramuz était alors (et demeure) un de mes écrivains préférés. À l'époque, je devais avoir déjà lu Aline, La Grande Peur dans la montagne et Si le soleil ne revenait pas. Et sans doute m'étais-je déjà plongé dans son Journal qu'il m'arrive encore aujourd'hui de feuilleter.

Depuis, j'ai beaucoup fréquenté l'œuvre de Ramuz, j'en possède d'ailleurs l'essentiel: Derborence, Découverte du monde, La Beauté sur la Terre, etc. Ou bien encore Farinet ou la Fausse Monnaie et Le Gros Poisson du lac que je relisais encore il y a deux ou trois mois. Œuvre immense et douloureuse d'un auteur profondément inquiet, à la recherche d'un style qui lui fut propre.
Je me suis rendu en pèlerinage à sa maison de Pully dans le canton de Vaud, sur les bords du lac Léman, qui devrait accueillir prochainement un musée consacré à sa vie et son œuvre. J'ai parcouru les terrasses de Lavaux à la recherche des merveilleux points de vue si souvent dépeints dans ses romans tels que le beau et complexe Passage du poète.

Merci en tout cas à Philippe Garbit et à l'équipe des "Nuits de France Culture" pour ce retour aux sources, qui me donne envie de retourner flâner du côté de Chexbres et de Saint-Saphorin!

samedi 4 août 2018

Christian Warolin, un homme remarquable

Henri Bonnemain (1911-2006), Pierre Julien (1921-2007) et Christian Warolin (1921-2018): ces trois grands érudits, rencontrés alors que je n'étais encore qu'un tout jeune homme, eurent sur moi une influence déterminante. En dépit des nombreuses décennies qui nous séparaient, ils me prirent en amitié et m'initièrent aux charmes des sociétés savantes, que la doxa des années quatre-vingts prétendait condamner à l'oubli ou à l'indifférence. Un monde que j'ai appris depuis à apprécier, au point de me pencher longuement sur son histoire et d'y consacrer, par exemple, un ouvrage dont je suis justement en train de corriger les épreuves et dont il sera bientôt question ici.
Aucun de ces trois hommes n'était universitaire et, à bien y réfléchir, tous trois étaient bien plus que cela: animés par la passion de la connaissance, soucieux du bénévolat qui s'avère de mise dans ces milieux, ils explorèrent des domaines négligés par la recherche stipendiée, sans recourir à ces prolégomènes qui masquent parfois l'inanité du propos.

La mort récente de Christian Warolin, le dernier de mes "trois mousquetaires" de l'histoire de la pharmacie, vient refermer un chapitre de mon existence. Que dire de cet homme tout à la fois modeste et exceptionnel, qui soutint en Sorbonne le 3 mai 1994 (il était alors âgé de près de 73 ans!), une thèse d'Histoire intitulée Le Cadre de vie professionnel et familial des apothicaires de Paris au XVIIe siècle? Ce travail était le fruit d'une exploration minutieuse du Minutier central des notaires aux Archives nationales. En 2013, Christian me fit cadeau des trois tomes revus et corrigés de ce travail monumental, réédité par les Éditions Scripta (54730 Gorcy) sous le titre Apothicaires de Paris au XVIIe siècle. Le cadre de vie professionnel et familial.
Cet éternel jeune homme poursuivit ses travaux jusqu'en 2016 (il avait près de 95 ans!), date à laquelle j'éditais ses tout derniers textes consacrés entre autres aux ascendants de Molière et à Simon Vouet, le peintre de Louis XIII. Je souhaite à toutes et à tous une telle longévité et, par-dessus tout, une telle foi sans cesse renouvelée dans la connaissance gratuite et partagée.


Un souvenir parmi tant d'autres... En 2000, je reproduisais dans la Revue d'histoire de la pharmacie (dont j'avais pris la direction en 1997 à la demande amicale d'Henri Bonnemain et Christian Warolin) deux portraits de Charles Lindbergh, dont un dédicacé. La publication de ces deux clichés, pris en mai 1927 après la traversée historique de l'Atlantique, procura une très grande joie à Christian: il faut dire que son père, Simon Warolin, à l'époque photographe professionnel, en était l'auteur!
Merci pour tout, cher Ami !

vendredi 3 août 2018

Pause

Il fait très chaud au dehors : les feuilles des arbres sont calcinées et les hommes s'échinent à passer le temps. Rien n'a changé depuis trois siècles et demi, "nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses".
Dans la pénombre bienfaisante, j'attends le printemps et griffonne des mots en écoutant en boucle The Lotus Eaters.

samedi 23 juin 2018

Une nuit dans l'œuvre d'Hervé Guibert

Hervé Guibert fut -je pense- celui qui parla le mieux du sida, crûment et sans détours. Ses autofictions parues au début des années 1990 (À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel, Cytomégalovirus) ont marqué toute une génération.
J'ai croisé à plusieurs reprises ce jeune homme au visage émacié, toujours coiffé d'un grand chapeau, qui me donnait l'impression de s'être échappé des vivants. Il se rendait dans mon hôpital où je lui remettais, en tant que responsable des essais cliniques et de la "réserve hospitalière", son "protocole compassionnel" (zidovudine et didanosine, dans mon souvenir). Nous échangions quelques mots, mais le personnage était en général peu loquace, le plus souvent plongé dans d'obscures pensées.

Tous ses biographes évoquent la terrible nuit du 12 au 13 décembre 1991 où, pour mettre fin au calvaire qu'il endurait depuis plusieurs semaines, Guibert tenta de se donner la mort. Cette nuit dramatique reste gravée dans ma mémoire.
Découvert par ses proches, l'écrivain avait été conduit aux urgences de mon hôpital. Toxicologue de garde cette nuit-là, il m'incombait d'identifier et de doser le ou les toxiques absorbés. Tandis que je centrifugeais les tubes de prélèvement sanguin qu'une infirmière m'avait confiés et que je programmais le TDX (dosage par immunopolarisation de fluorescence) dont j'étais à l'époque un routinier, je me remémorais les romans que j'avais lus et relus, et en particulier À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie où Guibert avait évoqué sans ambiguïté son futur suicide et même le médicament envisagé, qu'il s'était procuré à Rome à l'aide d'une ordonnance falsifiée (cf. le chapitre 87 du roman).
Tandis que l'automate exécutait son programme, les sensations les plus étranges se bousculaient en moi, car je me doutais du résultat bien avant sa restitution factuelle. Je n'ai probablement jamais autant réfléchi aux fragiles limites entre la réalité et la fiction que cette nuit-là.
L'automate donna le résultat attendu: un surdosage extravagant du produit incriminé. Les taux, que je contrôlais les jours suivants, ne décrurent que très lentement.
Hervé Guibert finit par décéder à l'hôpital le 27 décembre 1991...

samedi 16 juin 2018

Un peu de la mousse du temps

Que faisiez-vous le vendredi 27 juin 1986, à supposer que vous fussiez déjà né? Sans trace écrite (agenda personnel, journal intime, etc.) ou argentique, impossible de répondre à ce genre de question. Trente-deux ans se sont écoulés en effet depuis cette date et, comme l'écrivit je crois Lord Byron, "le temps n'est qu'un songe". Il en a en tout cas le caractère évanescent.

Je puis néanmoins documenter avec une certaine précision une partie de cette journée pourtant comme les autres. Ce matin-là, comme assez régulièrement depuis une poignée d'années, je m'étais rendu dans une station de radio. Celle-là occupait le sous-sol d'un immeuble de la place Igor-Stravinsky, à deux pas du Centre Georges-Pompidou et de l'Ircam. J'y animais une émission dont le thème m'échappe, peut-être une revue de presse.

J'étais assis dans le confortable fauteuil de la régie, face au studio proprement dit (pour l'heure inoccupé). Animateur et technicien tout à la fois (le nec plus ultra!), je disposais à portée de main de tout le matériel nécessaire: un micro recouvert d'une bonnette verte, une table de mixage, deux platines tourne-disque, un lecteur de minicassette, un magnétophone à bande, une petit orgue électronique, un poste télé et son magnétoscope, - autant d'entrées-son avec lesquelles j'aimais "jongler". Sans oublier le minitel...

Archives Ina.

Derrière moi, sur une série d'étagères, d'imposantes rangées de 33 tours tapissaient la pièce. Stéphane, aujourd'hui éditeur de son métier, y farfouillait, visiblement à la recherche d'illustrations sonores. Sans doute s'apprêtait-il à me relayer.

Quelques dizaines de secondes tirées d'un reportage télévisé restituent cette ambiance à la fois sereine et laborieuse.
Ce matin-là, Alain Valentini, un jeune journaliste reporter d'images d'Antenne 2 (aujourd'hui France 2), s'était rendu sur place pour réaliser un reportage. Diffusé le soir même dans le cadre du journal télévisé de 20h, ce petit document servit à meubler une actualité visiblement guère trépidante.

Un peu de la mousse du temps détaché des archives de l'Ina...

vendredi 15 juin 2018

Éric Duvivier (1928-2018)

J'apprends le décès d'Éric Duvivier. Avec lui, c'est assurément un des grands artisans du cinéma médical qui disparaît, mais également un amoureux du cinéma expérimental.

Sa carrière avait débuté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour s'achever dans le courant des années 1990, comme en écho au déclin concomitant de l'audiovisuel médical. Je le rencontrai pour la première fois il y a une dizaine d'années dans un café de la place Monge. Le Centre Georges Pompidou, en la personne de Philippe-Alain Michaud, m'avait en effet commandé une notice biographique à l'occasion de l'entrée de quelques-uns de ses films expérimentaux dans les collections du Musée national d'art moderne. Cet article de deux pages, écrit dans l'urgence de la commande, reste en partie valable (mais il y a des erreurs!) et souvent imité (voir la fiche Wikipedia par exemple).

Il y a dix ans...

Par la suite, je le rencontrais à de très nombreuses reprises à son domicile.

Beaucoup de choses ont été écrites depuis sur Éric Duvivier. Mais la plupart sont contestables et souvent opportunistes.
Depuis dix ans, ma recherche a été patiente. Je pense connaître aujourd'hui les tenants et aboutissants de son œuvre atypique, mais également le contexte qui l'a vue naître et s'épanouir. Je remercie tous ceux qui l'ont fréquenté, qui ont bien voulu répondre à mes nombreuses questions et me confier leurs archives. Certains sont malheureusement décédés depuis, mais l'urgence de l'écriture peut parfois s'avérer nuisible.

Mon projet éditorial va aboutir dans un très proche avenir, mais je m'interroge encore sur sa forme. La publication "scientifique", déjà rédigée, est-elle la plus adaptée? Il y a évidemment quelque chose de romanesque dans cette vie et cette aventure, qui dépasse le cadre étriqué du "bla-bla" des "spécialistes" (Éric Duvivier, tandis que je le raccompagnais au terme d'une journée d'étude mollassonne, avait employé cette formule tout à fait justifiée).

vendredi 8 juin 2018

Légende urbaine

Heure des bilans de mi-parcours avec les étudiants. J'aime bien ces discussions à bâtons rompus. Rien de plus intéressant que des jeunes gens qui se cherchent et nous renvoient notre propre image... à quelques décennies de distance.

Et soudain, cette question à brûle-pourpoint d'un étudiant particulièrement sympathique: "Est-il vrai que vous êtes monté sur le toit du Medef et qu'un hélicoptère est venu pour vous en déloger?"
Éclat de rire de ma part : qu'il est drôle de se retrouver le personnage - bien involontaire - d'une légende urbaine!

Eh bien oui, je suis monté sur le toit du Medef, mais bien sûr aucun hélicoptère n'est venu m'en déloger. Je ne suis pas Vin Diesel et j'ai horreur des hélicoptères et des avions, et de tout ce qui fait du bruit et pollue en général. Je suis redescendu de ce toit de mon plein gré, et de la façon la plus décontractée qui fût.

Cela se passait très précisément le vendredi 25 juin 2004 (de nombreuses coupures de presse en témoignent). Depuis quelques mois, je suivais, de manière sporadique et en fonction de mes disponibilités, le mouvement des intermittents, en vue d'en tirer de la documentation et la matière pour un ouvrage mémoriel (et non sociologique). Ce livre n'est jamais sorti (mais il sortira!). On peut en trouver quelques prémices dans Le Monde Initiatives d'octobre 2004, que j'avais supervisé avec André Gattolin et quelques autres.

Bref, informé par Pierre (un des intermittents les plus investis dans ce mouvement à l'époque), je suivis cette "action" à la fois très symbolique et totalement loufoque.

Image : Thierry Lefebvre.

Nous (une trentaine de personnes) montâmes par l'escalier de service d'un immeuble mitoyen du siège du Medef et, au prix de quelques acrobaties hasardeuses, nous nous retrouvâmes sur le toit du syndicat patronal, avec vue imprenable sur la tour Eiffel et tout Paris.

Image : Thierry Lefebvre.

J'y restai trois ou quatre heures, sous un soleil d'enfer, puis j'en redescendis par le même chemin, car d'autres travaux urgents m'attendaient. Les policiers qui cernaient le bâtiment furent d'une parfaite cordialité.


Images : Thierry Lefebvre.

La plupart des "occupants" restèrent en revanche quatre nuits et cinq jours sur le toit! Expérience hors du temps digne de Michel Siffre, qu'ils me racontèrent par la suite et qui relève - me semble-t-il - de la "construction des situations" théorisée par Guy Debord.
Durant le week-end puis à la fin du dernier jour d'"occupation", je me rendis au bas de l'immeuble, où se tenaient des rassemblements débonnaires avec fanfares et comédiens. J'y filmais entre autres Clémentine Autain (alors jeune adjointe au maire de Paris), André Chassaigne (député du Puy-de-Dôme) et beaucoup d'autres. Sans oublier Paul Benayoun, chargé de mission de Jean-Louis Borloo (alors ministre de l'Emploi), dont je ne pus qu'admirer le calme olympien au cours de négociations épiques par mégaphones interposés.

Je dispose sur cet artéfact (et beaucoup d'autres) d'une énorme documentation et surtout de souvenirs inexpugnables. Avis aux éditeurs!

Mais je puis l'assurer : aucun hélicoptère ne survola ce jour-là (ni les autres jours) le toit du Medef!

mercredi 6 juin 2018

Alytes : Alain Dubois et la radio

Des champs à perte de vue. Parfois, un chevreuil effarouché s'éloigne en bondissant. Dans le ciel, une buse tourne patiemment. Et parfois, au détour d'une chemin, une croix de limite miraculeusement préservée apparaît au milieu d'arbres ancestraux et protecteurs.

Photo : Thierry Lefebvre.

J'apprécie ces longues escapades dans la nature. Paul Gadenne en évoquait de semblables au début de son premier roman, Siloé, que je suis en train de lire: "Ils circulaient ainsi pendant des heures, parfois toute la journée, en suivant des itinéraires imprévus [...]."
Il y a également la forêt, le chant des oiseaux, les petits mulots qui trottent, les scarabées nonchalants... Tout cela à une trentaine de kilomètres de Paris!
Soudain, une route départementale sectionne la forêt: un petit crapaud tente bien imprudemment de traverser le cortège des véhicules grégaires. J'interromps la circulation et aide le petit animal à rejoindre un fourré. Sauvé, mais pour combien de temps?

Ce petit crapaud fait partie de la familles des Alytidae. Je n'y connais pas grand-chose, mais j'ai eu récemment le plaisir d'écrire dans Alytes, la revue de l'International Society for the Study and Conservation of Amphibians dont le siège se trouve au département de systématique et d'évolution du Muséum national d'histoire naturelle. La secrétaire générale de la société, Annemarie Ohler, a eu en effet l'heureuse idée de consacrer le tout dernier numéro à la carrière de l'herpétologiste Alain Dubois, ancien directeur du laboratoire reptiles-amphibiens du MNHN et fondateur de cette revue spécialisée.


Alytes est née en 1982 et j'ai connu Alain Dubois deux ans plus tard. Nous animions à l'époque les soirées du samedi d'une radio locale parisienne disparue, Fréquence Libre. Que d'échanges au micro entre nous et les auditeurs! Nous en gardons tous deux un excellent souvenir.


Alain avait créé une sorte de double radiophonique, le professeur Saturnin Pojarski, dont il narra imperturbablement les aventures et la quête éperdue du "chaînon manquant" sur plusieurs stations: Carbone 14, Gilda, Fréquence Libre et Radio Libertaire (où je le remplaçais parfois dans les années 1990). Que de bons moments évoqués dans Carbone 14, légende et histoire d'une radio pas comme les autres, ou dans telle livraison des Cahiers d'histoire de la radiodiffusion.

Les informations sur ce numéro hommage (vol. 36, issue 1-4, 2018) d'Alytes sont disponibles ICI.

mercredi 30 mai 2018

Maurice Séveno et les radios libres

J'apprends le décès de Maurice Séveno (1925-2018), pionnier du journal télévisé en 1949.
Il y a une quinzaine d'années, je l'avais rencontré longuement, avec Jean-Pierre Locatelli, dans son bel appartement de Boulogne-Billancourt. Grande figure du mouvement de contestation à l'ORTF en Mai 68, licencié en représailles, il était devenu, dans les années 1970, le spécialiste de l'audiovisuel au Parti socialiste, tout en gérant à partir de 1973 une petite société de production liée au parti, Unitélédis.

Dès janvier 1975, donc bien avant Radio Verte, il s'était attelé à un projet de "radio libre [...] à l'écoute de ses auditeurs". Il s'agissait là d'une des premières occurrences en France de cette formule qui allait par la suite faire florès, aussi bien dans la presse que dans le débat public. "J'aimerais bien l'appeler Radio Libre, car pour moi c'est vraiment cela", affirmait-il à l'époque dans Libération. Il semble que l'idée lui avait été suggérée durant la campagne présidentielle de 1974 par Claude Perdriel.
Cette première "radio libre" ne vit jamais le jour, mais on retrouva quelques années plus tard Maurice Séveno à la tête de Canal 75, radio illégale lancée quelques semaines avant l'élection présidentielle et saisie le 7 mars 1981 vers 6h du matin.

Après la victoire de François Mitterrand, Maurice Séveno fut réintégré à FR3 et devint un des présentateurs attitrés du JT.
Il est, bien sûr, à de nombreuses reprises question de lui dans mon ouvrage La Bataille des radios libres. Je retranscrirai prochainement son interview inédite.


Ci-dessus, une courte émission du Parti socialiste produite par Unitélédis et animée par Maurice Séveno. Elle fut diffusée sur Antenne 2 le 11 mai 1978, il y a donc un peu plus de quarante ans.
On y évoque les saisies récentes de Radio 93 et Génération 2000 en avril-mai 1978, ainsi qu'une émission brouillée de Radio Noctiluque, ancêtre de Radio Ivre et alors animée par Jean-François Aubac. Aux côtés de Séveno, on reconnaît François Samuelson et Maître Jean-Louis Bessis, tous deux membres de l'Association pour la libération des ondes (ALO).


samedi 26 mai 2018

Algorithme à revoir

Pour les besoins d'un texte urgent, je suis en train de relire un ouvrage que Cécile Raynal et moi avions fait paraître il y a cinq ans : Les Métamorphoses de Tho-Radia (Paris, Glyphe, 2013).


J'en ai également profité pour taper le nom "Tho-Radia" dans le moteur de recherche de Google: environ 21.000 résultats sont annoncés.
Le premier est la fiche Wikipedia, entièrement inspirée de nos divers contributions sur le sujet (merci aux rédacteurs de Wikipedia!). Suivent les pdf de quelques-uns de nos articles anciens, paru l'un en 2002, les autres en 2006 et 2007. Viennent ensuite - et seulement - une émission de France Culture enregistrée au moment de la sortie du livre. Puis un article de synthèse publié en 2013 dans Pour la Science.
Où l'on voit que l'algorithme de Google ne prend guère en compte l'évolution d'une recherche sur un sujet donné, en privilégiant des documents disponibles sous forme de fac-similés (souvent en partie périmés), au détriment des versions ultérieures forcément plus abouties. C'est là un des nombreux défauts du web et il est peu probable qu'il se résoudra dans un avenir proche.

C'est dommage, parce que l'ouvrage de 2013 en apprendrait beaucoup plus aux personnes intéressées par le sujet. Jean-Marc Lévy-Leblond l'avait bien compris en le qualifiant de "livre du mois" dans La Recherche de février 2014.
Le chapitre 5 est, de ce point de vue, exemplaire. Par rapport aux pdf privilégiés par Google, tout y est nouveau... et surprenant. Au terme d'une recherche fastidieuse, nous étions en effet arrivés à la conclusion que Tho-Radia était très certainement une des dernières opérations douteuses de Serge Alexandre Stavisky - le "beau Sacha", si élégamment interprété par Jean-Paul Belmondo dans le film d'Alain Resnais.
Stavisky : l'homme par qui le plus grand scandale de l'entre-deux-guerres arriva... puis les émeutes de février 1934... puis, indirectement, le Front populaire. Peut-être que Resnais aurait trouvé là une source d'inspiration pour un éventuel remake de son film...

À ma connaissance, cette découverte n'a guère reçu d'écho, les lecteurs de l'ouvrage s'étant beaucoup plus attachés à l'aspect pittoresque de cette épopée. Pensez donc: un produit cosmétique à base de radium!

D'autres informations et indices sont également essaimés ici et là dans l'ouvrage: les uns concernent Georges Bonnet, ministre du Commerce et de l'Industrie jusqu'à la fin janvier 1934; d'autres, Walter Stucki qui négocia la reddition du maréchal Pétain en 1945. Etc.

Comme disait l'autre, il faut laisser du temps au temps.

jeudi 24 mai 2018

Paroles gelées

Écoute d'extraits d'émissions de radios libres ce matin à l'Université Panthéon-Assas.
Géraldine Poels m'avait en effet demandé de programmer et d'animer la carte blanche de l'Institut national de l'audiovisuel, proposée dans le cadre du deuxième congrès de la Société pour l'histoire des médias.

Focalisé sur l'année 1978 et plus particulièrement autour du vote de la loi Lecat (qui renforça la répression contre les radiolibristes), ce petit patchwork, issu des collections de l'Ina, donnait à entendre les voix de Félix Guattari, Thomas Sertillanges, Marcel Bleustein-Blanchet, Jean Ducarroir, Patrick Farbiaz, ainsi que de quelques animateurs de Radio Bastille.

J'adore ces capsules de paroles, rescapées d'une époque lointaine (quarante ans !) que je connais désormais par cœur (bien que ne l'ayant pas connue) et dans laquelle il m'arrive régulièrement de me promener en imagination.


Le hall d'entrée d'Assas a bien changé depuis mon dernier passage. Ce devait être vers 1982 ou 1983. À l'époque, tout jeune étudiant et n'ayant pas froid aux yeux, j'étais entré, avec le culot qui me caractérisait alors, dans ce temple inviolable, pour y apposer une affiche de la JOC sur le panneau d'information. Aussitôt, trois malabars m'avaient encadré et raccompagné manu militari vers la sortie. On m'a dit par la suite qu'il s'agissait probablement de trois gentils animateurs du GUD. Mais bon, ce n'était pas écrit sur leur front et le mystère reste entier.
En tout cas, ça reste un souvenir très amusant avec le recul.

samedi 19 mai 2018

Inanité

Et voilà !
Un nouvel ouvrage de terminé ! Relu, peaufiné, élagué, etc. Si tout se passe bien, il sortira cet automne ou cet hiver. Pas du genre mainstream, dieu merci !

Je ne connais rien de plus agréable que cet artisanat de l'écriture, sauf peut-être le grand plaisir que l'on éprouve à crapahuter dans des lieux et des situations insolites.
Bon, il faut le reconnaître : cela prend beaucoup de temps, cela demande même pas mal d'efforts sur soi-même. Efforts quelque peu vains, sans doute. Mais qu'importe... Comme l'a écrit Sénèque, "nous ne vivons que la moindre partie du temps de notre vie; car tout le reste de sa durée n'est point de la vie, mais du temps" (La Brièveté de la vie, un de mes bréviaires). D'où la nécessité de "passer le temps"... et notre société sait y faire.

Cet ouvrage (dont je ne dirai rien pour le moment) désormais terminé, deux autres s'apprêtent à le rejoindre sur l'aire de lancement. Leur rédaction est déjà bien avancée et leurs sujets sont assurément peu communs.
Derrière ces deux-là, ça se bouscule au portillon: deux ou trois autres sont en cours de gestation.
Ci-dessous, un des endroits mystérieux où se pratique cette "maïeutique".
On n'y est guère dérangé car la voie est étroite.

Photo: T. Lefebvre.

vendredi 27 avril 2018

Le hasard

Avec Cécile Raynal, nous présentions lundi 23 octobre 2018 une nouvelle communication consacrée au collège expérimental audiovisuel de Marly-le-Roi. Cela se passait à l'occasion du 143e congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), qui se tenait cette année à Paris dans les locaux de l'Inalco. Il s'agissait, si j'en crois mon comptage, de ma 177e causerie (tous cadres confondus).

Le lendemain, je signais le bon à tirer d'un nouvel article.
Celui-là n'est pas le moins étrange. À sa source, quelques lettres sauvées il y a quelques mois dans un tas d'encombrants traînant devant une maison vidée à la hâte. Son ancien propriétaire était mort depuis quelques années, et, pour débarrasser les lieux, le nouvel acquéreur de la demeure avait jeté dans la rue une partie des meubles... et énormément de papiers. Spectacle lamentable, qui me serre le cœur à chaque fois qu'il se reproduit (et il se reproduit malheureusement souvent)!
Parmi les documents que j'exhumais de cette déchèterie improvisée, quelques dizaines de lettres écrites dans les années 1930 par la mère du défunt. Une belle écriture, un style et une orthographe des plus convenables: je me plongeais le soir même dans la lecture de ces fragments épistolaires et reconstituais peu à peu l'existence de cette femme aujourd'hui oubliée de tous.
Une lettre en particulier évoquait longuement la situation professionnelle de son mari. Et là, malgré le caractère en apparence obscur des propos, tout me parut excessivement clair. Par le pur fruit du hasard, j'étais probablement une des très rares personnes sur cette Terre à pouvoir encore donner un sens à l'imbroglio sans nom qui se trouvait exposé dans cette lettre. Un peu comme si cette lettre n'attendait que moi, non seulement pour ne pas disparaître à tout jamais, mais également pour "exprimer" le sens dont elle était encore imprégnée.

Au fond, il n'y a que le hasard qui importe ici-bas. Tout ce que nous programmons est généralement source d'insatisfaction (je parle en tout cas pour moi). Le hasard est source de découvertes et parfois de grands bonheurs.
Le texte paraîtra dans le n° 398 de la Revue d'histoire de la pharmacie (juin 2018). Son titre est tout à fait de circonstance: "Une lettre préservée".

vendredi 30 mars 2018

Épitaphe

Un étudiant facétieux m'envoie une photographie du premier panneau de l'exposition "Effets spéciaux, crevez l'écran", que je n'ai pas vue et qui se tient actuellement à la Cité des sciences et de l'industrie (17 octobre 2017-19 août 2018).

Merci à Benoît Tonson.

Surprise, me voilà cité en exergue de l'installation : "Les trucages naissent de la rencontre fortuite d'un savoir-faire technique et d'une intuition poétique."

Je dois avouer que sur le moment, j'ai cru à une blague. Et cela d'autant plus que je n'avais aucun souvenir de cette phrase visiblement conçue sous l'influence de Lautréamont. On m'aurait attribué une phrase du style "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans", que je n'y aurais pas plus cru.

Mais bon, Google sait (presque) tout. La phrase en question se trouve bien en exergue de l'exposition, comme on peut le constater sur son site d'accompagnement.
Plus compromettant encore, la phrase figure dans l'avant-propos d'un numéro de revue que j'avais coordonné en 1999. On peut lire cet "édito" (probablement écrit en cinq minutes, sous l'effet de ma drogue préférée, la limonette Milles) à l'adresse suivante:
http://www.persee.fr/doc/1895_0769-0959_1999_num_27_1_1389

J'imagine l'incrédulité des visiteurs (en tout cas de ceux - minoritaires - qui lisent les panneaux): "Mais qui peut bien être cet illustre inconnu?". D'autant que ma formule à l'emporte-pièce côtoie une autre citation, celle-là de Quentin Tarantino.
Qui a pu avoir l'idée aussi loufoque de nous associer ?


Cela dit, j'en ai profité pour relire cet articulet de 1999 et je reste en tout point d'accord avec cette autre phrase: "Nos corps redevenus poussière, les dévotions serviles et les lubies passagères s'évanouiront d'elles-mêmes".
Et j'y ajouterais volontiers ma sentence préférée de Vialatte: "L'homme n'est que poussière, c'est dire l'importance du plumeau."

mardi 27 mars 2018

Nova Club

Sympathique soirée hier dans les locaux de Radio Nova. J'étais invité, avec Jeanne Puchol et Laurent Galandon (auteurs de la bande dessinée Interférences parue il y a peu chez Dargaud), dans le "Nova Club" de David Blot et Sophie Marchand.

Un détail de la verrière de Radio Nova.
Photo : Thierry Lefebvre.

Radio Nova: station mythique s'il en est, créée en 1981 par Jean-François Bizot et dont les premiers chefs d'antenne furent Jean-Marc Fombonne et Andrew Orr (deux des auteurs de la première émission de Radio Verte quatre ans plus tôt).

Visite émouvante dans des locaux appelés désormais à entrer dans l'Histoire, puisque Nova va déménager dans quelques mois.

Petit studio annexe sous la verrière.
Photo : Thierry Lefebvre.

L'émission, particulièrement enjouée, peut être écoutée et téléchargée ICI. Les documents sonores ont été fournis par Joëlle Girard, que je remercie.

jeudi 22 mars 2018

Devinette

Mai 68, c'est reparti !
Cinquante ans après, les célébrations décennales reprennent avec l'anniversaire du mythique "Mouvement du 22 Mars".

Pour rappel, il y a dix ans André Gattolin et moi coordonnions un numéro spécial de feu la revue de l'Institut national de l'audiovisuel : MédiaMorphoses.
Son titre: Les Empreintes de Mai 68.


L'occasion de multiples rencontres avec Daniel Cohn-Bendit, Jean Schalit, Michel-Antoine Burnier, Serge July, Jean-Claude Vernier, Jacques Sauvageot, Pierre Haski, etc.
Ce joyeux bazar est désormais consultable en ligne sur le site de l'INIST (CNRS): pas moins de 43 articles reproduits en pdf, car j'ai bien peur que ce "collector" soit épuisé!

Le numéro complet se trouve à l'adresse suivante:
http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/28175.

Je profite de l'occasion pour reproduire un repiquage volontairement assombri d'une photographie que j'ai prise sur le vif, où l'on voit très bien des graffeurs (comme on dirait de nos jours) en train de peindre des inscriptions à l'entrée de la Faculté de médecine (rue de l'École de médecine, à Paris)... L'un d'eux accroche même un de ces drapeaux rouges, comme on fabriquait dans le temps.
Au fond, on reconnaît la statue de Bichat, qui trône toujours à la même place de nos jours.

Photographie : Thierry Lefebvre.

Non, je plaisante...
Je n'ai pas connu Mai 68 (né trop tard), mais cette photographie n'est absolument pas truquée. Elle fait partie d'un de mes reportages photographiques inédits.

À quelle occasion ces instantanés furent-ils pris?
À vous de deviner avant que je ne les reproduise pour de vrai...

Réponse (26 novembre 2018) :
Il s'agissait de la préparation du décor d'une des scènes de The Dreamers (2003), l'avant-dernier film de Bernardo Bertolucci (qui vient de nous quitter). Je n'aime pas du tout ses longs-métrages, mais il se trouve que j'étais sur place ce jour-là. Et le travail des décorateurs, rue des Écoles, était assez fascinant.
Je me souviens en particulier du commentaire d'une femme d'âge mûr, qui se trouvait à mes côtés avec un enfant et qui semblait visiblement ulcérée par ces graffitis apposés sur les murs de l'ancienne faculté de médecine. Elle s'exclama: "Ça ne va quand même pas recommencer!!" (sous-entendu, les événements de Mai 68). C'est beau la crédulité...

vendredi 9 mars 2018

Meursault/Kruschen

Pourquoi Meursault, l'anti-héros de L'Étranger, collectionnait-il les réclames pour les sels Kruschen? De quoi s'agissait-il? Qui en pouvait en être l'auteur?

J'ai tenté de répondre à ces petites énigmes dans un texte qui paraît ce mois-ci dans la Revue d'histoire de la pharmacie (n°397, mars 2018).
Son titre: "Albert Camus et le grand-père Kruschen".

Le Petit Journal, 12 mars 1937.
© Gallica.

Je poursuis ainsi mes petites enquêtes pharmaco-artistiques, après Alexandre Dumas fils (n°293), Guy de Maupassant (n°316 et 346), Jean Cocteau (n°333), Antonin Artaud (n°334), Francis Picabia, Armand Salacrou et Robert Desnos (n°338), Valery Larbaud (n° 346), Marcel Duchamp et Marcel Schwob (n° 349), Arthur Rimbaud (n°388), sans oublier Mathieu-Georges Gilbert, le pharmacien-dactylographe de Paul Claudel et d'Alain Fournier (n°358).
À suivre...

jeudi 1 mars 2018

Ignorantibus

"Comment sont financées les stations de radio ?" : telle était la question posée sur le répondeur des "P'tits Bateaux" par le jeune Alexandre. Je me suis efforcé d'y répondre tant bien que mal à l'occasion de l'émission du dimanche 25 février 2018. À réécouter ICI.

C'est toujours un plaisir de participer à cette sympathique émission qui fait l'honneur du service public, même si les réponses trop courtes sont forcément incomplètes.

Cela fait des années que l'on m'interviewe ici et là sur le fonctionnement des médias (et sur la radio en particulier). Des dizaines et des dizaines d'heures d'émissions qui doivent s'accumuler quelque part dans des serveurs.
Pour autant, cela fait-il de moi un "spécialiste" ? J'en doute. D'ailleurs, j'ai horreur de ce terme dont aiment à se gargariser bon nombre de mes collègues. On n'est spécialiste que de ses croyances, quand bien même ces dernières paraîtraient étayées.

Finalement, ces émissions -en dehors des observations qu'elles me permettent de faire sur place- laisseront probablement moins de traces que les silex et bifaces des carrières de Saint-Acheul (Somme), où je me promenais hier.

Dans cette carrière, 
des centaines de milliers d'années vous contemplent...
et en particulier l'Acheuléen !
Photo: T. Lefebvre.

mercredi 14 février 2018

Mythologie des radios libres

Hier, à l'occasion de la Journée mondiale de la radio, Jean-François Cadet m'avait demandé de participer à son émission "Vous m'en direz des nouvelles" sur RFI. La bande dessinée de Laurent Galandon (scénariste) et Jeanne Puchol (dessinatrice) -Interférences (Dargaud, 2018)-, qui a pour cadre le mouvement des radios libres, y était présentée par leurs deux auteurs.

Jean-François Cadet, Jeanne Puchol, Laurent Galandon, Thierry Lefebvre.
Photo : Baptiste Antoine (que je remercie).

L'occasion d'un sympathique échange à l'antenne, mais aussi de dédicaces hors micro qui me sont allés droit au cœur. C'est toujours agréable d'être lu et de fournir, parfois indirectement, matière à inspiration pour les uns et les autres. Finalement, c'est pour cela que nous écrivons sans relâche.

Extrait de la dédicace de Laurent Galandon.

Cette émission ainsi que la dédicace de Jeanne Puchol figureront probablement -d'une manière ou d'une autre- dans un prochain ouvrage, sans doute plus subjectif que les précédents. Car j'accumule beaucoup de données et de réflexions depuis un certain temps. 

On peut réécouter "Vous m'en direz des nouvelles" ICI.